Voyage autour de Privas

Docteur Francus

- Albin Mazon -

XXIII

Les eaux de Celles et la Voulte

La basse vallée de l’Ouvèze. – St-Alban. – Les eaux de Celles au XVIIe siècle. – La géologie de Celles. – Les huit sources de la station. – Le docteur Barrier. – L’homme est une machine électrique. – Absorption des sels métalliques par la peau. – La cuisine des eaux et des roches de Celles. – Les succès de Barrier. – Le château de la Voulte. – Les anciens seigneurs. – L’église. – Défaite des Anglais. – Squelettes d’éléphants. – Le soufflet de l’usine. – Les écoliers et la Marseillaise. – Progrès ou Ecrevisse ? – L’état sanitaire.

Quelques jours après, Barbe me proposa de faire le tour de la vallée de l’Erieux en commençant par la Voulte et en revenant par St-Pierreville et l’Escrinet. C’était bien tentant. Or, Mme de Staël ayant dit que le meilleur moyen de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y succomber, nous fîmes appeler immédiatement un loueur de voiture qui, une demi-heure après, nous menait grand train sur la route de Coux. Il était cinq heures du matin. Mme Barbe dormait encore, mais son mari avait eu la précaution de lui laisser une lettre, afin qu’elle fût au moins prévenue à son réveil.

La vallée de l’Ouvèze, au sortir de Privas, est passablement étroite et d’un aspect sauvage, et, si l’on songe au fanatisme des protestants du XVIIe siècle et aux facilités d’embuscades auxquelles prêtait l’absence de routes, on comprend les obstacles qu’y rencontrèrent les troupes royales lors du siège de Privas.

Après Coux, la vallée s’élargit. Il y a quelque verdure panachée de peupliers sur les bords de la rivière, mais les coteaux marneux de la rive gauche, dominés par la montagne de Gruas, sont dénudés et ont un air assoifé qui fait peine à voir. On leur ferait volontiers l’aumône de quelques tonneaux d’eau si on les avait dans sa poche.

Nous laissons à gauche, la montagne de Chamet avec ses mines de couperose, nous traversons successivement Flaviac et St-Alban, non sans avoir admiré en passant les belles usines à soie St-Jacques et Manchon.

La viguerie de St-Alban (vicaria ou ager Albanensis) avait pour chef-lieu le château bâti sur la colline de ce nom, entre la vallée de d’Ouvèze et celle de Chomérac.

C’était une position des plus fortes et le siège de 1637 que décrit avec détails le Soldat du Vivarais est un des exemples les plus caractéristiques de la ténacité de la résistance et de l’attaque dans les guerres d’autrefois.

La place de St-Alban appartenait au duc de Ventadour, mais les protestants s’en étaient emparés. « Elle est située, dit le chroniqueur, ou bout d’un grand rocher, et au dessous une grande plaine. Son assiette la fortifiait de trois côtés où le rocher faisait de grands précipices, ce qui rendait son avenue inaccessible de tous endroits, excepté du côté de la montagne, où la porte était à un des bords du précipice, avec un bon ravelin duquel se tirait une courtine de muraille jusqu’à l’autre bord du précipice où était une tour qui en faisait le coin. Cette muraille était de la hauteur de vingt échelons, et au-dessous dudit côté était une terrasse en forme de donjon, lequel dominait sur la porte et sur tout le reste fortifié de deux guérites. »

Le sieur de Nivolines qui commandait à St-Alban, ayant sommé le sieur de Charrier, qui avait abandonné le parti protestant, d’évacuer sa maison placée au-dessous du fort, celui-ci s’entendit avec son parent, M. de Vinezac, et un beau matin, à l’aube, St-Alban se trouva investi par un corps de quatre cents catholiques. L’entreprise était des plus hasardeuses, vu la force de la place et la proximité de Privas qui ne manqua pas d’envoyer des secours aux assiégés. Les catholiques firent des pertes notables et il y eut un moment où ils furent sur le point de battre en retraite en laissant à la merci de l’ennemi les quelques hommes qui avaient déjà pénétré dans la place. Finalement, elle fut emportée grâce à l’énergie de M. de Vinezac, qui monta un des premiers à l’assaut. Les assiégés, au nombre de quarante soldats et douze ou quinze paysans, furent tous tués ou précipités. Nivolines mourut après avoir vaillamment combattu.

La place fut réparée et remise à Charrier qui, l’année d’après, se voyant impuissant à la défendre contre le duc de Rohan, la rendit à la condition que le fort serait démoli, ce qui eut lieu.

Nous visitâmes le nid d’aigle, qui fut le théâtre de ces luttes homériques. Le château est assez exactement décrit par l’auteur du Soldat du Vivarais. On ne saurait rien imaginer de plus pittoresque. Les murs d’enceinte, le donjon, les tours sont en partie debout, quoique bien ruinés. La citerne avait une voûte à calotte comme celle du château de Boulogne.

Près de l’église sise sur le versant sud et dont il reste des pans de murs et une fenêtre, on voit le cimetière pour ainsi dire saturé d’ossements, preuve qu’on y a enterré pendant bien des siècles.

On remarque aussi beaucoup d’ossements sur le versant opposé, celui d’Ouvèze ; on peut supposer qu’ils proviennent des soldats tués pendant le siège et qu’on aura enterrés sur place pour s’éviter la peine de les transporter au cimetière du château. Le rocher calcaire sur lequel perche celui-ci est crevassé un peu partout. La main de l’homme a élargi en maints endroits ces corridors naturels qui aboutissent à une chambre circulaire dont la voûte, s’il faut en croire la légende, a la hauteur de la taille d’un des anciens châtelains, un vrai géant.

Les parois de cette pièce portent les noms de quelques touristes, les uns gravés dans la pierre, et les autres écrits au crayon. On y voit figurer un Rohan-Soubise, le père Joseph du Tremblay, M. de Soissons – mais toutes ces signatures sont-elles bien authentiques ?

Le curé de St-Alban écrit en 1762 :

« Ce qu’il y a de remarquable est le chemin royal qui va de Privas à Valence en Dauphiné. Il n’y a aucun bénéfice simple dans cette cure, car dans le temps des premiers troubles de religion, les calvinistes s’emparèrent de tout, après avoir anéanti les titres ecclésiastiques. »


Nous revenons à notre véhicule qui se remet à filer.

La vallée semble fermée et celui qui la parcourt pour la première fois peut croire qu’il va être obligé, pour en sortir, de monter à Rompon pour redescendre ensuite à Celles et à la Voulte. Le beau lac que cela devait faire autrefois et les jolis poissons qu’il devait y avoir !

Une traînée lumineuse de soleil nous montre tout à coup la fissure par où les eaux de l’ancien lac se sont écoulées vers le Rhône, et grâce à laquelle les vers à soie et les mouliniers ont pris la place des coquillages et des requins. On peut supposer qu’un tremblement de terre, coïncidant avec la coulée volcanique de Rompon, a provoqué la fissure, ou du moins y a contribué. – Les eaux ont fait le reste. – Le village des Fonts s’est établi comme un portier à l’entrée de l’étroit couloir où passe l’Ouvèze.

Deux heures et demie environ après notre départ de Privas, nous étions à l’autre bout du couloir, sur les bords du Rhône gai et murmurant au soleil, tandis que la rive gauche semblait rire de son côté dans un océan de brumes claires.

La route court blanche et fort poudreuse entre le Rhône et le chemin de fer. Nous la quittons à l’arche du remblai qui ouvre l’accès du vallon de Monteillet, où se trouvent les eaux de Celles. Le sentier qui côtoie le ruisseau, est charmant, mais il le serait davantage s’il était ombragé. Il est presque en plaine et l’on arrive promptement à ce qui fut la station minérale de Celles.

Je ne saurais dire l’impression de tristesse que nous éprouvâmes, Barbe et moi, en voyant la solitude et l’état de délabrement d’une station où l’on venait autrefois de si loin chercher la santé, ou tout au moins une atténuation à ses souffrances. Cet abandon fait encore plus de peine quand on se rappelle ces lignes du docteur Barrier écrites en 1837 :

« Le petit établissement que ma volonté a créé malgré tous les obstables imaginables, aura l’éternelle durée de ce cèdre que ma main a planté pour lui servir d’emblème et le protéger un jour de son ombre tutélaire. »

Les eaux de Celles étaient connues depuis bien longtemps, puisqu’elles font l’objet d’une brochure publiée à Valence en 1656 par un docteur de Perrin, attaché à l’hôpital de la Charité à Paris, sous le titre de : La Spagyrie naturelle des fontaines minérales de Celles, mais elles avaient été bien négligées jusqu’au docteur Barrier de Vernoux, qui étant venu s’établir à la Voulte en 1626, acheta peu après les sources connues et en découvrit de nouvelles.

Le docteur de Perrin affirme avoir été guéri lui-même par les eaux de Celles d’un ulcère dans les reins, guérison qui eut lieu dans quinze jours et qu’il considère comme extraordinaire, vu son âge (65 ans). Il dit que les eaux de Celles sont très profitables, non seulement aux gens du pays, mais à leur bétail, qui en est très avide et qui n’est sujet à aucune épizootie. Il déclare que les fontaines de Celles sont « l’abrégé des merveilles de la nature » et indique les maladies quelles guérissent particulièrement. Il mentionne trois sources : de Lévy, de Ventadour et de Cicéron.

Le docteur Antoine Fabre, dans son Traité des eaux minérales du Vivarez, publié en 1657, mentionne ainsi les eaux de Celles :

« On en va boire à Celles près la Voulte, qui ont aussi beaucoup de rapport et de conformité aux sources de Vals, si on en consulte le goût, mais n’y en ayant pas de si douces, de si bien cuittes que l’eau de la St-Jean, ni de si diurétiques que celle de la fontaine Marie… »

En 1762, le curé de Rompon écrivait : « Il y a à Celles une fontaine d’eau minérale qui est un peu chaude et que feu M. Vincent, médecin de Baïx, appréciait beaucoup… »

Le vallon de Celles est situé entre des montagnes micachisteuses, au nord, et des coteaux marneux au sud. Les derniers schistes qui se confondent avec un gneiss profondément décomposé sont recouverts par diverses couches d’argile blanche ou grise, recouvertes elles-mêmes par un banc d’alumine et de sulfure de fer, au-dessus duquel se trouvent des vases noircies par une matière carburée, auxquelles le docteur Barrier a donné le nom de schistes à dessiner. Qu’on ajoute à tout cela le voisinage d’un ancien volcan, et l’on ne s’étonnera pas qu’avec tous ces éléments, il y ait en cet endroit des sources minérales.

« Toutes les sources, dit M. Dalmas, sortent du point de contact entre le calcaire bitumineux de l’étage bajocien et les micaschistes de la montagne de la Serre pénétrés de pyrites. Par la sulfatation incessante des pyrites, l’eau se trouve chargée de sulfate acide de fer qui réagit sur les roches calcaires bitumineuses et produit des dégagements intermittents d’acide carbonique gazeux. Ces réactions chimiques ont dénaturé les micaschistes au point de les transformer en une roche très-légère presque entièrement composée de magnésie. Il existe aussi de la galène de plomb dans quelques fractures de la roche. »

La station de Celles compte huit sources :

Quatre alcalino-gazeuses :

Le puits artésien,

La fontaine Ventadour,

La Bonne fontaine,

La Fontaine des Cèdres,

Quatre ferrugineuses :

La fontaine Lévy,

La Fontaine des yeux ou de Cicéron,

La fontaine Elizabeth,

La Source des Roches bleues.

Les plus anciennement connues sont, comme on l’a vu par le docteur Perrin, celles de Lévy, Ventadour et Cicéron. Toutes les autres ont été découvertes par le docteur Barrier.

La source ferrugineuse de Cicéron qu’on appelle dans le pays la Fontaine des yeux, coule dans les micaschistes à 150 pas en amont de l’établissement. C’est la moins minéralisée de toutes.

La source Lévy est sur la rive gauche du ruisseau, en tête de l’établissement. Elle est très-ferrugineuse et tout le monde ne la supporte pas.

Dans l’établissement se trouvent la fontaine de Ventadour et le puits artésien.

La première avait, dans le principe, dit-on, une température de 43° centigrades qui se sont réduits à 13°.

Enfin, à trois ou quatre cents mètres en aval, on trouve la Bonne Fontaine. Celle-ci est très ancienne, bien que Perrin n’en parle pas. Elle avait disparu sous les éboulements. On l’a retrouvée en 1859. Elle donne quatorze litres à la minute. C’est la seule dont les eaux ne puissent s’exporter.

L’eau des Cèdres et celle de la Bonne Fontaine sont gazeuses et se boivent comme eaux de table.

Les deux autres sources ferrugineuses (Elizabeth et les Roches bleues) n’ont pas été analysées.

Le puits artésien donne cent mètres cubes d’eau toutes les vingt-quatre heures et quarante mètres cubes d’acide carbonique qui se dégage spontanément de la gerbe d’eau à l’état libre. Sa température est de 25° centigrades. Son eau, prise en boisson fait uriner et résoud les engorgements. En bains, elle a une action très-énergique. Les urines, dit le docteur Barrier, sont la véritable voie d’élimination de toutes nos eaux alcalino-gazeuses.

Ce qui distingue les eaux de Celles, c’est le carbonate de potasse, qui, au puits artésien, a jusqu’à 106 milligrammes par litre. Les autres éléments minéralisateurs qui entrent dans la composition des principales sources de Celles sont : le carbonate de soude, le sulfate de soude, le chlorure de sodium, les carbonates de chaux et de magnésie ; enfin; la silice et l’oxyde de fer.

La source de Cicéron, beaucoup moins sodique, ne contient ni carbonate de soude, ni chlorure de sodium, mais seulement du sulfate de soude en abondance.

Le tremblement de terre du 24 juin 1878 qui fut ressenti à Privas et le long du Rhône jusqu’à Lyon, eut une action particulière sur le puits artésien de Celles. Pendant huit jours environ avant le tremblement, le puits, qui est ordinairement intermittent, donna de l’eau avec grand bruit et sans interruption. La fontaine des Cèdres cessa aussi d’être intermittente et coula avec abondance. Après le tremblement, ces deux sources restèrent taries pendant une huitaine de jours.


Le docteur Barrier a publié trois mémoires sur les eaux de Celles : le premier en 1837, le second en 1844, et le troisième en 1856, un an ou deux avant sa mort.

C’est de Barrier qu’on peut le mieux dire : Tant vaut le médecin, tant vaut la médecine ! – Et encore : Tant vaut le médecin, tant valent les eaux !

Un habile médecin obtient plus de résultat, en effet, avec des eaux médiocres, mais qu’il connaît à fond, qu’un, ignorant avec les meilleures eaux du monde. Ce n’est pas tout d’avoir un bon instrument, il faut savoir s’en servir. Le docteur Barrier a passé trente ans de sa vie à étudier les eaux de Celles, et nous comprenons fort bien qu’il y ait fait des miracles. Les eaux minérales n’ont pas été créées pour rien ; chacune a ses vertus ; la question est de savoir les reconnaître et les utiliser.

Barrier avait fait ses premiers essais à Maléon, où il tenta de fonder un établissement. Il vint s’établir à la Voulte en 1826.

Là, son esprit essentiellement novateur et frappé de l’impuissance de la médecine vis-à-vis de certaines diathèses, crut trouver, dans les eaux de Celles, des moyens nouveaux, et la base d’une sorte de réforme dans la thérapeutique. Sa thèse de docteur à Montpellier (1820) indiquait déjà la disposition de son esprit à courir des voies nouvelles. Il acheta les sources dont s’était enthousiasmé le docteur Perrin. Il prôna leurs vertus avec autant d’ardeur que de sincérité. Dès 1833, les malades affluaient. En 1834, il construisit une salle d’inhalation d’acide carbonique pour les phthisiques. Doué d’une grande instruction, d’une haute intelligence, d’une ardente imagination, il devait naturellement aller aux tentatives médicales les plus hardies, et c’est ainsi que nous le voyons dès le début se donner pour objectif la guérison de ce qui se guérit si rarement : je veux dire le cancer et les affections tuberculeuses.

Barrier avait tout un système à lui.

Nous allons en indiquer brièvement les données principales, d’après ses trois mémoires et d’après l’opuscule du docteur Frachon.

Barrier considérait le corps humain comme une véritable batterie électrique, ou plutôt comme un composé de piles voltaïques, et l’on conviendra que cette idée d’éclairer constamment ses observations à la lumière électro-magnétique concorde de plus en plus avec les progrès de la science.

« Pour guérir les tubercules, disait-il, il faut chercher à mettre en jeu la grande batterie galvano-organique qui languit à défaut d’un simulant suffisant. Ainsi, dans nos laboratoires, toute pile voltaïque immergée dans de l’eau non salée ne produit que de faibles étincelles électriques, mais tout change si l’on sature le liquide d’hydro-chlorate de soude ; de même, en faisant aspirer à mes malades le gaz acide carbonique que dégagent les fontaines, je me propose de modifier les sucs inertes et muqueux qui engouent les cavités bronchiques et pulmonaires, d’ aviver enfin par un fluide mieux approprié le grand moteur de l’organisme, la batterie thyro-pulmonaire. (1) »

Mais les agents métalliques que réclame la médication anti-tuberculeuse, sont le plus souvent des poisons pour l’estomac. Pour obvier à cet inconvénient, Barrier les faisait pénétrer par la voie des millions de pores dont la peau est criblée.

« Je fais absorber, dit-il, par toute la surface cutanée des agents médicamenteux divers ; je modifie ainsi tout le système celluleux sans blesser la susceptibilité de nos viscères. Je puis donc, à l’instar du jardinier, donner à mon labour l’humeur et les qualités salines qu’il importe de lui communiquer dans l’intérêt de la végétation universelle. Car, plongés dans le système celluleux, nos viscères y puisent leurs principes nutritifs et, à l’instar des végétaux dans la terre, leur végétation est luxuriante si le système cellulo-lymphatico-sanguin est dans des conditions convenables. Chaque organe polarise ensuite les principes qui lui conviennent, acquiert ainsi une texture, une manière d’être qui lui est propre. »

Barrier trouvait, non sans raison, qu’on ne comprenait pas assez l’importance de l’enveloppe tégumentaire au point de vue de la double fonction d’inhalation et d’exhalation du système cutané.

« La peau, avec sa texture éminemment nerveuse et impressionnable, est l’intermédiaire subtil entre le milieu ambiant où vit le corps et ce tissu cellulaire où vivent les organes ; tissu si parfaitement arrosé par la multitude infinie des canaux de la grande circulation sanguine qui y déposent cette chair coulante indispensable à sa force vitale et à sa fertilisation, et où s’opèrent mystérieusement tous ces phénomènes d’actions et de réactions, de composition et de décomposition, d’assimilation, d’échange, sous l’influence des lois électro-magnétiques qui président à la vie organique. Donc, veiller à la régularité des fonctions de la peau et aux conditions que doivent remplir les milieux en contact immédiat avec elle, veiller à la régularité de l’imbibition et de la transsudation, de la circulation et de l’électrisation, ces fonctions basiques de toute végétation organique, dont le jeu régulier amène la santé parfaite du système lymphatico-celluleux, sont des dogmes de médecine pratique auxquels on a trop peu songé de nos jours et qui doivent nous diriger sans cesse dans la curation des maladies. »

C’est sur ces considérations de physiologie chimico-vitale que repose la méthode iatraleptique institué à Celles par le docteur Barrier, pour le traitement des affections tuberculeuses en général, et de la phthisie pulmonaire en particulier.

Non content d’employer les eaux minérales naturelles de Celles, Barrier se mit à en créer d’artificielles. Il fit une sorte de cuisine des eaux et des roches de la station, les dosant et les transformant à sa guise pour les approprier au degré et à la nature des maladies qu’il traitait.

En faisant bouillir et filtrer les eaux du puits artésien et de la fontaine Ventadour, il fabriqua une nouvelle eau qu’il appelait eau bouillie et qu’il employait en boissons et en bains, principalement pour les glandes indurées et les tumeurs blanches articulaires.

Son eau ferro-potassique était faite par la distillation à sec, dans une cornue à gaz, des fragments concassés des roches d’où sortent les sources.

Il employait l’eau Ventadour bouillie en boissons pour les phthisiques.

Avec le résidu des eaux bouillies, il faisait les sels artésiens qu’il employait en frictions sur les parties absorbantes de la peau.

Il prétendait avoir trouvé ainsi de véritables spécifiques contre les maladies jusqu’ici réputées incurables. Il affirmait que le cuivre est au tubercule et au scrofule, l’argent aux indurations squirrheuses, ce que le fer est à la chlorose, le mercure à la syphilis.

« Ainsi, les sels de cuivre, d’argent, dulcifiés ou activés, suivant les circonstances, par les sels de plomb, de bismuth, d’étain, réactionnés par les sels alcalins de la source artésienne, administrés par la voie iatraleptique, dans un lieu plus ou moins éloigné du siège du mal, sont propres à remplir toutes les indications que le praticien peut avoir en vue. »

Les succès pratiques ont-ils répondu à ces théories séduisantes ? Barrier et ses amis l’affirment. Dans son mémoire de 1856, notre savant compatriote prétend guérir radicalement la phthisie, le scrofule et le cancer. Nous n’acceptons pas sans réserve, il s’en faut, les cures citées, mais nous admirons la foi de Barrier à son idée. Tout en reconnaissant, d’ailleurs, que cette foi a pu produire plus d’une cure impossible par nos moyens ordinaires, nous pensons que, d’une manière générale, Barrier s’est souvent fait illusion, selon habitude de tous les novateurs, et qu’il a attribué à ses vues spéciales et à ses eaux plus d’un succès dû simplement à son coup d’œil médical, sans parler du bon air de Celles, de la cure des raisins qu’on y pratiquait concurremment avec les eaux, et d’autres circonstances.

Nous sommes loin, d’ailleurs, de contester les qualités intrinsèques des eaux de Celles, et nous regrettons infiniment qu’il ne se trouve pas un second Barrier, c’est-à-dire un homme de science et de conviction, pour les ressusciter. Après tout, si les expériences sont permises en médecine, c’est bien quand il s’agit de ces maladies terribles que Barrier s’était donné pour mission de guérir – et qu’il a très probablement guéries plus d’une fois, soit par les nouveaux moyens qu’il employait, soit par l’ensemble du régime qu’il imposait au malade, et dont l’effet était doublé ou triplé par les espérances de guérison qu’il savait faire partager au malade.


Nous fîmes avec Barbe l’ascension du petit plateau volcanique de Rompon. De là, on jouit d’une vue admirable sur le Dauphiné et l’on est frappé du contraste que présente la riche et vaste plaine de la rive gauche avec les montagnes pelées de la rive droite. De ce côté, les collines ont perdu leurs vignobles et les chênes de la zone supérieure se raréfient tous les jours.

Nous visitâmes les ruines du monastère détruit pendant les guerres de la Ligue, qui appartiennent à la famille Barrier.

Le vieux monastère de Rompon parait avoir été le plus ancien centre religieux de cette région.

Il y eut beaucoup de dissidences entre les prieurs de Rompon et la communauté du Pouzin. Les religieux furent souvent aussi en désaccord entre eux.

En 1112, l’évêque Léger donnait au prieur de Rompon les églises de Ste-Marie de Exobredio, St-Etienne-du-Lac, St-Alban, St-Symphorien de Senec, St-Julien, St-Gervais, St-Cyrille et la chapelle du château de la Voulte.

D’après une tradition locale, le baron des Adrets aurait fait périr les religieux du monastère de Rompon en les enfermant dans des tonneaux hérissés de pointes de clous, qu’on faisait rouler du haut de la montagne. Bien que le baron des Adrets fût capable de tout, nous aimons à croire que cette histoire déjà mise en circulation pour les moines de Charay, n’a pas d’autre base que l’imagination populaire.


En allant du Pouzin à la Voulte nous traversons le hameau de Ribières, en face du confluent de la Drôme, habité autrefois par les ravageurs, d’où son nom Ripuarii.

Un modeste bâtiment que nous laissons sur notre droite au village des Cabanes, n’est autre que la première fonderie établie à la Voulte.

La corderie Mariette, qui vient après, fabrique des cordes jusqu’à huit cents mètres de longueur. Ses produits sont très-estimés sur les bords du Rhône.

Nous voici à la Voulte. Il n’y a plus ici de haut baron, mais le bourg, grâce à sa couronne féodale, c’est-à-dire à son château, a conservé le fier aspect d’une de ces petites capitales du moyen-âge où siégeait un noble et puissant seigneur, investi de la haute justice et menant ses vassaux au combat, quand le roi faisait appel à sa vaillance.

La plus ancienne partie du château de la Voulte, celle qui est à la droite du grand escalier, est de 1320. La date de l’aile gauche (1582) se trouve inscrite sur une porte avec la devise de la maison de Levis : Duris dura frango. On sait que cette maison prétendait descendre de la tribu de Lévy et c’est ainsi qu’elle se disait parente de la Ste-Vierge. Les vieillards de la Voulte se souviennent encore d’avoir vu dans l’église du château un tableau de la Madone tenant l’enfant Jésus dans ses bras ; elle apparaissait ainsi, du haut d’un nuage, à un Levis prosterné devant elle : une banderolle partait de sa main et allait rejoindre le chevalier en prière ; on y lisait ces mots : Venez à moi, mon cousin ! (2)

La plus ancienne mention de la Voulte est celle que nous avons citée plus haut – la donation de la chapelle du château au prieur de Rompon en 1112.

Quelques années après, en 1151, la seigneurie de la Voulte, appartenait à Silvion de Clérieu, auquel l’empereur Conrad accorda, ou plutôt confirma des droits de péage audit lieu.

Le mariage d’une fille de Roger de Clérieu porta cette seigneurie, au commencement du XIIIe siècle, dans la maison de Fay, et c’est aussi par la voie d’un mariage (celui de Philippa de Fay avec Aymard de Poitiers, en 1213) qu’elle échut à la maison de Poitiers-Valentinois. .

En 1268, Philippa légua la Voulte à Roger de Bermond d’Anduze, second fils de sa fille Josserande. Les Bermond firent alliance avec le roi de France pour repousser les incursions des Anglais et confièrent même pendant un an (1295) aux troupes royales la garde de leur château.

La maison de Levis-Ventadour devint maîtresse de la Voulte en 1395 par le mariage de Philippe de Levis avec Antoinette de Bermond, fille aînée de Louis de Bermond qui était dame de la Voulte et de plus de trente paroisses en Vivarais.

Un de ses successeurs, Anne de Levis-Ventadour, épousa Marguerite, fille d’Henri, duc de Montmorency. C’est celle qui est connue sous le nom de bonne duchesse.

La baronnie de la Voulte passa enfin aux Rohan-Soubise en 1694 par le mariage d’Anne Geneviève de Levis avec Hercule Mériadec de Rohan. (3)

D’après une vieille tradition, les seigneurs de la Voulte avaient le droit de vendre leur vin un sol plus cher que le cours du jour, « quand même il piquât un peu. »

Avant la Révolution, le territoire de la Voulte était assimilé pour les tributs royaux aux terres allodiales. Il n’était point soumis à la taille et ne payait d’autre impôt que le vingtième auquel les biens nobles étaient seuls assujettis.

Après la Révolution, la terre de la Voulte, dépouillée de ses droits féodaux, s’est trouvée appartenir, moitié au prince de Con dé et moitié aux Rohan, transplantés en Bohème. Le château de la Voulte fut vendu après 1830 à la compagnie des hauts-fourneaux.

Un ancien procès de la Ville contre les représentants des seigneurs fut terminé vers la même époque par le duc de Rohan et le duc d’Aumale. L’un et l’autre, pour tenir lieu à la commune de la Voulte d’une rente que les barons, leurs devanciers, lui payaient annuellement, lui ont abandonné les grandes îles du Rhône qui sont au-dessous de la ville. (4)

Le château de la Voulte est aussi remarquable par ses dimensions que par sa position superbe, commandant le Rhône et dominant toute la plaine du Dauphiné.

De la terrasse du château, le spectacle est splendide. Le regard s’étend à perte de vue jusqu’aux Alpes, qu’on aperçoit quand le temps est clair, et je suppose qu’avec de bons yeux, on pourrait aussi apercevoir la mer de Provence. Nous vîmes à sa place des vapeurs légères de toutes couleurs entre lesquelles filait au loin le Rhône comme un fleuve de plomb fondu.

La compagnie des mines n’utilise qu’une partie de ce magnifique édifice, tant pour elle et ses employés que pour loger l’école des Frères.

Le conseil d’administration tient ses réunions dans une grande salle où nous remarquâmes, à défaut d’objets d’art, trois gravures représentant les trois usines de la compagnie : La Voulte, Bessèges et Terre-Noire.

La chapelle du château a longtemps servi d’église paroissiale. Dans les périodes agitées, on y tient les clubs. C’est là, je crois (à moins que ce ne soit à Tournon) qu’un candidat de 1848, Chabert, d’Aubenas, obtint un soir un véritable succès, grâce à sa présence d’esprit. Un électeur lui dit :

– Citoyen Chabert, que pensez-vous de la route royale n° 104 ?

Chabert, qui était ingénieur hydraulique à Arles, avait complètement oublié, s’il l’avait jamais su, ce qu’était la route n° 404. Il se leva avec une assurance toute patriotique et répondit :

– Je pense, citoyen, qu’il faut dire route nationale.

La salle faillit crouler sous les applaudissements et le malencontreux questionneur n’osa plus ouvrir la bouche.

On remarque dans cette vieille église une chapelle, dite des princes, qui est ornée de jolies sculptures. Le motif principal est la résurrection du Christ frappant d’effroi les gardes du sépulcre. Des Vandales ont tout mutilé.

La cure de la Voulte était desservie depuis 1863 par des moines Augustins dont le couvent se trouvait dans l’enceinte même du château.

L’église est à côté du château, tous deux également rougis par la poussière des mines. L’église a été consacrée en 1860. Elle est d’un style roman très-pur. Elle a trois nefs séparées par des colonnes élancées. Le chœur semble un peu restreint pour l’ensemble de l’édifice.

On remarque dans la chapelle de St-Joseph un tableau, provenant de l’ancien château et auquel on attribue une certaine valeur. Il représente le duc de Ventadour et la bonne duchesse.

L’église a été bâtie sur les ruines d’un vieux temple. Quel dommage qu’on n’ait pu nous montrer le trou, dont parle Albert du Boys, où les prêtres païens rendaient leurs oracles !

Autrefois le Rhône faisait à la Voulte un détour. Il passait derrière l’emplacement actuel de l’usine avant de venir défiler aux pieds du village et du château. C’est de cette volta que le bourg aurait pris son nom, à moins qu’il ne l’ait tiré, comme le prétend le curé de la Voulte en 1762, « des grottes (volte) que la nature a formées dans le rocher au penchant duquel la vile est bâtie. » Il y a vers l’usine un quartier appelé le Revol dont le nom semble mieux concorder avec la première hypothèse.

On lit encore dans la lettre du curé de 1762 :

« Nous croyons qu’il y aurait sur notre territoire des mines de vernis (?) ; il y a de la couperose et dans un quartier une espèce d’ocre ou craye rouge que les pauvres viennent ramasser pour porter d’un côté et d’autre. La Voulte a cela de commun avec presque tout le Vivarais, d’avoir des eaux minérales. Il y a une source dont nous ne connaissons pas le minéral dont le sédiment est rouge.

« On a trouvé quelquefois quelque médaille en fossoyant la terre. Il y a quelque temps qu’on trouva un petit antique de bronze d’un Mercure avec ses attributs en relief. Comme nous ne croyons pas cette ville ancienne, il est à présumer que ces pièces avaient été tirées du château lorsque les seigneurs de Ventadour l’habitaient. La paroisse paye au Roy dix escus d’albergue par un privilège accordé, à ce qu’on dit, à la communauté et à deux autres paroisses qui sont du même mandement par le roy Jean. »

Les habitants de la Voulte jouissaient de très anciens privilèges qu’ils auraient obtenus en repoussant une attaque des Anglais. Ce fait d’armes remonte probablement à l’époque (1295) où la ville fût remise à Philippe-le-Bel. Il est fâcheux qu’un érudit de la région n’ait pas tiré au clair cet incident glorieux pour elle.

On a trouvé à la Voulte et aux environs quelques squelettes d’éléphants, d’où l’on a conclu au passage de l’armée d’Annibal en cet endroit. Mais, comme on a trouvé de ces mêmes ossements sous les basaltes du Coiron où certainement les Carthaginois ne sont jamais allés, il semble plus raisonnable de voir dans les uns et dans les autres les traces d’une époque, bien antérieure aux Romains, où l’éléphant vivait dans nos contrées et y fut la victime d’une révolution géologique.

Nous visitâmes l’usine. Le grand jour nuisait à l’effet. Que ce doit être beau la nuit quand les hauts-fourneaux se détachent en volcans dans les ténèbres, et les hommes en ombres cyclopéennes sur les murailles éclairées par les flammes. Par exemple, nous n’aurions peut-être pas si bien vu de nuit que notre grande usine vivaroise fabrique plus d’obus que de charrues, ce qui prouve que les théoriciens humanitaires ont encore fort à faire pour convertir le monde. Mais, si le progrès politique est contestable – Barbe, lui-même en fit l’aveu devant un amas d’obus sur lequel il faillit trébucher – on ne niera pas au moins le progrès des soufflets d’usine, en comparant à la Voulte la puissante machine qui envoie avec furie des torrents d’air pour embraser les fourneaux, au frêle chalumeau dont on fait encore usage à la ferme du Tanargue pour attiser le foyer.

On nous raconta que lors de la fête du 14 juillet, la municipalité de la Voulte avait fait promener les enfants dans les rues en chantant la Marseillaise. Je ne crois pas que ce soit le meilleur moyen de façonner les jeunes cervelles à l’obéissance et au travail, qui sont les choses les plus essentielles à cet âge, ni même au patriotisme, à moins qu’on ne l’entende comme une chanson.

Une sorte d’obélisque sur une petite place, attira notre attention. C’est un petit monument en pierre calcaire, élevé à la mémoire de quatre francs-tireurs, enfants de la Voulte, tués pendant la guerre de 1870. La balustrade qui l’entoure est déjà privée de quelques lances, ce qui ne fait pas honneur aux gens de la Voulte. On ne peut qu’applaudir à l’intention qui a inspiré ce monument. Mais pourquoi diable les auteurs l’ont-ils gâté politiquement et artistiquement en surmontant l’obélisque d’un affreux petit buste jaune qui semble faire la grimace aux passants ? Si c’est la République, elle n’est à coup sûr ni belle ni aimable. Dans tous les cas, non erat hic locus.

La place sur le Rhône est ombragée de trois magnifiques platanes.

Il est question d’établir sur ce point un pont sur le Rhône. Le gouvernement donnerait 600,000 fr. Je ne demande pas mieux. Mais on demande tant d’argent à ce pauvre gouvernement – sans prendre garde que cet argent c’est le nôtre – qu’on finira, je crains bien, par le ruiner – c’est-à-dire par nous ruiner.

Les anciens de la Voulte se rappellent du temps où le pays était moins peuplé et moins riche, mais plus d’un reconnait que la moralité générale a payé les frais de la richesse moderne. Les éléments étrangers ont comme au Pouzin, au Teil et ailleurs, singulièrement altéré les anciennes habitudes patriarcales, et les plus optimistes conviennent, que les mœurs sont loin de valoir ce qu’elles valaient autrefois. Ne serait-ce pas le cas, ami Barbe, de dire comme quelqu’un de notre connaissance :

Ah ! progrès moderne – quand on te regarde bien – tu n’es bien souvent qu’une affreuse écrevisse !

Nous fîmes avec Barbe le tour du château. Du côté du bourg, il nous fallut suivre une ruelle étroite et descendre des escaliers à pic. Une pauvre vieille, qui devait bien approcher de la centaine, sortit d’un de ces taudis, et nous demanda l’aumôme. Barbe lui donna quelque monnaie. Elle nous accabla de plus de bénédictions certainement que le don ne comportait.

Les rues de la Voulte sont une curiosité, j’allais dire une merveille locale. La plupart ne sont que des espèces d’échelles par où l’on grimpe de la plaine à l’église et au château. Je me demande comment s’y prenait l’abbé de Montgouvert pour les traverser avec son joyeux cortège. J’ajoute qu’elles sont d’une malpropreté qui ne fait pas plus l’éloge des administrés que des administrateurs. Aussi l’état sanitaire de la Voulte est déplorable. La fièvre typhoïde y est en permanence, et l’on ne peut s’étonner que d’une chose, quand on sort de ces passages infecté et des affreux taudis où logent tant de pauvres diables, c’est qu’il n’y ait pas encore plus de victimes. Il me semble que si l’on s’occupait sérieusement de remédier à cet état de choses, on ferait de la meilleure démocratie qu’en coiffant des Mariannes ou en faisant chanter la Marseillaise à des moutards !

  1. Mémoire de 1857, p. 152.
  2. Album du Vivarais.
  3. Ceux qui voudraient connaitre plus à fond l’histoire des seigneurs de la Voulte trouveront à l’année 1877 de la Revue du Dauphiné (un excellent recueil malheureusement disparu) deux notices intéressantes sur ce sujet : l’une de M. Anatole de Gallier, et l’autre de M. Lafayolle.
  4. Album du Vivarais.