Voyage au pays des Boutières

Docteur Francus

- Albin Mazon -

IV

A travers la vieille histoire de Vernoux

La place St-Georges. – Quelques opuscules de M. Sonier de Lubac sur Vernoux. – L’ancienne seigneurie de Vernoux et les seigneurs de la Tourette. – La famille de Vernoux. – Les débuts de la réforme à Vernoux. – Le bandit Erard. – La visite des églises en 1583. – L’abbé de la Tourette. – Le Synode de Vernoux en 1657 et le manifeste de l’abbé Le Féron. – Les tentatives huguenotes en 1683, 1704 et 1709. – L’affaire de Mathieu Majal dit Deshubas. – Témoignages contemporains inédits sur le conflit de Vernoux (1745). – Sur le Serre de la Roue. – Vernoux en 1760.

A la suite de ce premier tableau de Vernoux, venait un chapitre dans lequel, à propos d’une visite à la maison d’habitation et au domaine d’Agrippa, nous avions essayé de coordonner nos observations de tout genre : usages, traits de mœurs et autres, qui caractérisent la physionomie morale de l’habitant des Boutières ; mais il nous a paru, après réflexion, que ce second tableau manquerait d’air et de lumière, s’il n’était précédé de quelques détails historiques sur la vieille histoire du pays, car c’est dans le passé que le présent trouve le mieux son explication, en même temps qu’on y peut le plus sûrement pronostiquer l’avenir. C’est pourquoi, après avoir demandé au lecteur la permission de renvoyer plus loin ce chapitre, nous le prierons de vouloir bien, en attendant, nous accompagner dans l’excursion que nous allons faire à travers les vieux papiers et les vieux souvenirs de la région.


D’après une tradition locale, Saint Georges, l’apôtre du Velay, se serait arrêté au lieu qu’occupe aujourd’hui le bourg de Vernoux et y aurait, le premier, évangélisé les populations de la contrée. De là le nom de St-Georges donné à la principale place du lieu.

L’histoire des premiers seigneurs de Vernoux est assez nuageuse. On peut consulter à ce sujet l’opuscule de M. Jules Sonier de Lubac : Vernoux ancien (1).

Comme on trouve en des temps fort reculés la seigneurie de Vernoux divisée par moitié entre les seigneurs de la Tourette et l’abbaye de Cruas, notre érudit confrère pense que l’un de ces seigneurs, à l’époque des Croisades, abandonna à l’église une partie de son domaine, et que le prieuré fondé par Cruas fut le noyau de la nouvelle ville. Ne serait-ce pas plutôt à la maison des Poitiers, comtes de Valentinois, qu’il faudrait attribuer cette donation, à moins qu’elle ne remonte encore plus haut, c’est à dire à la maison de Fay, de qui les Poitiers avaient hérité en partie ? En tous cas, on peut voir un indice significatif à cet égard dans les actes suivants :

En juillet 1264, Hugon de Mastre reconnaît en fief et hommage, en faveur de l’église de Vernoux, certains fiefs et tènements à Savinas, Boffres, etc., et en rend hommage à Hugon, alors prieur de Vernoux.

Le 15 mars 1370, Guillaume de Colans et Jean Flore, religieux du monastère de Cruas, de qui dépendait le prieuré de Vernoux, transigent dans le fort et château de Cruas, au sujet des mêmes fiefs, et l’acte contient reconnaissance en faveur dudit prieur des mêmes choses, « lequel avoue à son tour en devoir hommage noble et lige à puissant homme et seigneur Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, avec jurement de fidélité », ce que le même acte dit qu’il exécuta entre les mains dudit seigneur (2).

Peut-être, à ces époques lointaines, la seigneurie de Vernoux avait elle d’autres co-seigneurs que le baron de la Tourette et le prieur, représentant de l’abbaye de Cruas, car on trouve mentionné dans la généalogie de la maison de Tournon, un Gérard de Tournon, « seigneur de Vernoux », qui testa en 1290 et mourut sans postérité.

Quant à la famille de Vernoux ou Vernous, qu’on trouve quelquefois mentionnée dans les vieilles archives, rien n’indique qu’elle se rattache à Vernoux, et les données connues font présumer, au contraire, qu’elle y est totalement étrangère. Du Solier en parle comme habitant de son temps Bourg-Argental, près St-Romain-de-Lerp. Ailleurs il dit qu’une de ses branches a possédé le Monestier près de Vocance, et c’est, en effet, comme seigneurs du Monestier qu’il est question des Vernoux dans les Pièces fugitives du marquis d’Aubais.

Pour ce qui concerne les seigneurs de la Tourette, on sait que la famille la plus ancienne de ce nom s’éteignit en 1330 par la mort d’Hugon tué à Tournay en Flandre ; que, de cette époque jusqu’à 1548, la terre de la Tourette appartint à une famille de Chambaud, et qu’elle échut alors aux Presles, seigneurs de Vaussèche, pour passer plus tard aux la Rivoire, seigneurs de Vocance, qui l’ont possédé jusqu’à la Révolution, et de qui descend le marquis de la Tourette actuel.

Il est certain que Vernoux faisait jadis partie de la baronnie de Chalancon, qui fut la baronnie de tour des Poitiers aux Etats du Vivarais jusque vers la fin du XVIe siècle, où elle fut vendue, dédoublée en deux parts (Chalancon et Privas), par les gendres de Diane de Poitiers, et c’est comme acquéreur de la demi-baronnie de Chalancon, qu’on trouve plus tard le marquis de la Tourette coseigneur de Vernoux par indivis avec le prieur, étant, d’ailleurs, comme baron de Chalancon, seigneur dominant de la portion du prieur.

La justice était aussi par indivis entre eux. Le marquis de la Tourette, comme seigneur dominant, nommait le juge qui était le premier officier de la juridiction ; le prieur nommait le châtelain, et ensemble ils nommaient le lieutenant de juge, le procureur d’office et le greffier.

Le marquis de la Tourette et le prieur percevaient anciennement à Vernoux un droit de page ; ce droit fut supprimé en 1747. Ils avaient droit de leyde les jours de foires et de marchés (qui se tenaient tous les jeudis), droits de lod, prélation, confiscation, chasse, pêche et autres droits seigneuriaux du temps.

Pendant les guerres politico-religieuses du XVIe siècle, Vernoux fut, avec toute la région des Boutières, dans le mouvement huguenot. Toutefois le seul document que nous ayons sur les débuts de la Réforme dans cette ville est la lettre suivante, adressée par les protestants du lieu aux pasteurs de Genève, le 28 août 1562, lettre où l’on voit clairement que le calvinisme genevois travaillait depuis longtemps la contrée :

Grâce et paix par N.-S. Jésus-Christ.

Messieurs et Pères. Dignement ne vous saurions renvoyer le bien qu’il vous a plu de nous faire et qu’avons reçu dès longtemps, vous suppliant de vouloir continuer, pour l’avancement du règne et gloire de Dieu, que de bailler texte à M. Jean Castavède, écolier en votre ville de Genève, étudiant à nos dépens, longtemps il y a, et icelui nous renvoyer ; car sommes fort affamés de la Parole de Dieu en ce lieu de Vernoux, est espérons au Seigneur qu’il fera un grand fruit, nous annonçant la Parole du Seigneur, et à nos circonvoisins, où, suivant icelle, voulons vivre et mourir ; et sur tout ce, prions le Seigneur, Messieurs nos Pères, spectacles ministres, de vous augmenter ses grâces et esprit de vie et sa sainte grâce, bénissant toutes vos personnes, auxquelles humblement vous présentons nos recommandations.

De Vernoux, ce 28e d’août 1562.

Par vos humbles et obéissants serviteurs à jamais,

De Montgros, Jean Estienne, secrétaire de l’Eglise de Vernoux ; Loys Greinhac, consul ; Perbos, consul (3).

La ville de Vernoux parait, d’ailleurs, être restée en dehors des évènements de guerre, grâce sans doute à son éloignement des bords du Rhône, où avait lieu le fort de la lutte.

Les faits principaux à relever pour Vernoux, pendant les troubles du XVIe siècle, sont les suivants :

En 1567, les fortifications de Vernoux furent démolies, par ordre de Damville (4).

D’une délibération des Etats du Vivarais, en date de 17 mars 1570, il résulte que les protestants venaient de s’emparer alors du château de Vernoux, de Groson, Solignac et Etables, et que M. de Hautvillar, bailli de Chalancon, était alors dans son château, environné d’ennemis.

Le nom de Vernoux n’apparaît plus guère, dans les années suivantes, qu’à propos du bandit Erard, qu’Achille Gamon désigne dans ses Mémoires, comme « un basochien de Montpellier », mais qui était bien de Vernoux. On peut encore voir sa maison, d’aspect archaïque, au lieu d’Erard, près de la route de Lamastre, et nous devons à M. Sonier de Lubac quelques données sur sa famille. Un Guillaume Erard figure comme témoin dans une transaction du 21 janvier 1474 entre les manants et habitants de Châteauneuf et honorable homme Odon d’Alibert, au sujet de la taille royale due sur les fonds ruraux dudit d’Alibert. C’était donc, à cette époque, un des notables du pays. En 1547 eut lieu un arrentement du prieuré de St-Félix fait par noble Antoine de Haut-Villar à messire Jacques du Champ et Jean Erard, prêtre, acte reçu Reganoux, notaire. Les Erard n’étaient donc pas protestants à cette époque (où, d’ailleurs, les partisans des nouvelles doctrines étaient encore fort rares).

Le « capitaine Erard » l’était-il devenu pendant son séjour à Nîmes où il était clerc d’un procureur au Présidial, ou bien était-il simplement un de ces chefs de bande sans foi ni loi, qui, profitant des troubles du temps, détroussaient à l’envi tous ceux qui tombaient entre leurs mains ? Cette seconde supposition est probablement la vraie. Le fait est qu’avec les 80 ou 100 sacripants de son acabit, qu’il avait recrutés un peu partout, ledit Erard s’était fortifié, au mois d’août 1573, dans les ruines d’Oriol et le château de Munas, entre Annonay et Sarras, et que de là il ravageait les environs, en exerçant les plus horribles cruautés sur ses prisonniers, leur faisant notamment serrer la tête dans une sorte d’étau, jusqu’à ce qu’ils eussent révélé la cachette de leur argent. L’année suivante, on le trouve occupant la ville de Tence et poursuivant dans cette partie du Velay ses tristes exploits. Les historiens protestants disent que, pris deux fois par les catholiques, il fut relâché, grâce aux fortes rançons qu’il put payer. Capturé enfin par le capitaine Barjac de Rochegude, il ne put, cette fois, bien qu’ayant offert de donner un plein chapeau de pièces d’or, éviter le châtiment qu’il avait mérité, et il fut pendu, en février 1575, aux créneaux du château de Lamastre.

En 1582, eut lieu le démantellement de Châteauneuf-de-Vernoux (avec celui de plusieurs autres places). Cette mesure fut décidée, le 12 mars, à Aubenas, par une délibération des Etats du Vivarais, prise d’accord avec les députés protestants, parmi lesquels se trouvaient le sieur de Vacheyrolles (le fameux Chambaud) et M. du Pradel (Olivier de Serres), délibération qui fut ratifiée par les Etats du Languedoc, le 16 octobre suivant, à Pézenas (5).

L’année d’après fut marquée par le passage à Vernoux de Nicolas de Vesc, le grand vicaire de l’évêque de Viviers, faisant la visite des églises du diocèse. Nicolas de Vesc était à Vernoux le mercredi 3 août. Ici, dit-il dans son rapport, « l’église et la maison presbytérale sont bouleversées et renversées sans dessus dessous. Le prieur est Me Antoine Fayard qui demeure à St-Clément en Boutière, le curé Me Loys Champel. Ce dernier fait tous les dimanches le service divin dans une maison, puis il se retire au château du sieur de la Tourette où il demeure. Les revenus du prieuré sont de 500 livres par an, ceux de la cure de 20 sestiers de seigle. Les catholiques sont peu nombreux ». Ce qui concerne le curé est laissé à la décision de l’Evêque de Viviers, et le grand vicaire exhorte le prieur et les habitants « à contribuer ensemble à la facture et ouvrage d’une chapelle pour faire le divin service ».

Le rapport sur les églises voisines constate naturellement les mêmes ruines.

A Chalancon, le visiteur a trouvé « le temple d’illec rompu et démoli… Depuis 20 ans, le service divin n’est plus fait, mais la population le demande, car elle est en majorité catholique… »

A St-Apollinaire-de-Rias, l’église est aussi « rompue et déserte… on ne connaît plus un catholique en ce lieu… »

A St-Jean-Chambre, le visiteur trouve « l’église renversée et le service divin interrompu depuis dix ans ; cependant la majeure partie des habitants est demeurée fidèle au culte catholique ».

A Silhac, « l’église est rompue et ruinée et depuis vingt ans le service divin n’a pas eu lieu, mais la population est restée en majorité catholique ».

A St-Julien-le-Roux, « l’église est détruite et aucun prêtre n’a célébré depuis plus de vingt ans, attendu que la population tout entière est protestante », etc.

Pendant les dernières guerres civiles suscitées par les évènements de Privas, Vernoux paraît être resté tout-à-fait en dehors du mouvement, puisque son nom n’est pas même prononcé dans les Commentaires de Pierre Marcha.

La période qui suivit fut marquée par une grande campagne de missions pour la conversion des hérétiques, sous l’impulsion de l’évêque de Viviers, Louis de Suze, dans laquelle Henri de Ginestoux, seigneur de Vaussèche, prieur de Charay, plus connu sous le nom d’abbé de la Tourette, joua un rôle important.

Ce personnage avait appelé une première fois notre attention dans un acte caractéristique des crédulités d’antan, où l’on voit, le 13 janvier 1648, le prieur de Charay (prieuré situé près de Privas, mais dépendant du chapitre de N. D. du Puy) achetant de Claude de la Ginole, sieur d’Agrain, habitant du Puy, un des trente deniers reçus par Judas pour la vente du Christ, et en retour faisant donation au vendeur d’une pension viagère de 50 livres par an (6).

Henri de Ginestoux est le fondateur du calvaire de Prades (entre Vals et le Pont de La Beaume) qui attire encore de nombreux pèlerins. Il était prieur de Charay dès l’année 1644 et il l’était encore en 1667. Dans un rapport de 1650, d’Aguesseau, intendant du Languedoc, parlant de ce prieuré, dit qu’il y a des « chanoines réguliers de l’ordre de St Augustin rétablis depuis peu par le prieur, M. l’abbé de la Tourette, le prieuré ayant été détruit pendant les guerres du XVIe siècle ».

L’abbé de la Tourette, s’étant employé avec beaucoup de zèle pour la conversion des hérétiques, devait naturellement s’attirer l’animadversion des religionnaires, et leurs historiens, suivant leur habitude constante, n’ont pas manqué de présenter tous ses actes sous un jour odieux. C’est ainsi que, d’après Elie Benoît, il aurait chassé de Vernoux un catholique nommé Béraud, coupable de n’avoir pas voulu convertir de force sa femme qui était protestante. Une autre fois, il serait allé chez un notaire déchirer le contrat d’un mariage projeté entre une fille catholique et un protestant. L’écrivain huguenot raconte encore que, par suite des excitations de l’abbé, un catholique qui avait une belle-fille protestante, alla jusqu’à lui tirer un coup de fusil dont elle mourut, et que l’abbé eut encore l’audace de vouloir assister la mourante, en expulsant le ministre venu pour le même dessein. Enfin, toujours d’après le même, ledit abbé, non content de refuser l’admission des réformés à l’hôpital de Vernoux, « ne voyait personne qui eût des enfants en bas âge dans les lieux où il avait quelque pouvoir, sans les enlever, pour les nourrir dans la religion romaine, de quoi on rapportait plusieurs exemples (7) ».

Pour en venir aux faits sérieux et authentiques, nous constaterons que l’abbé de la Tourette prit part à bon nombre de ces conférences contradictoires qui étaient alors mode entre prêtres catholiques et ministres protestants. La plus célèbre est celle du mois d’avril 1657, qui eut lieu à Vernoux, dans les circonstances suivantes :

Un synode protestant avait été tenu l’année précédente (1656) à Privas, pour contrebalancer la propagande catholique, organisée par l’évêque de Viviers et dont l’abbé de Quélus, l’abbé de la Tourette, M. Couderc, curé de Privas, M. Baudran, curé de Gluiras, et d’autres ecclésiastiques, étaient les agents les plus actifs.

Un opuscule du temps nous apprend que les calvinistes, ne pouvant répondre aux questions précises qui leur étaient posées, essayèrent d’exciter une sédition dont Lamarque, ministre de Boffres, fut le principal instigateur. C’est pour prendre une revanche, comme aussi pour s’opposer au zèle de l’abbé de la Tourette, que les ministres convoquèrent un synode nombreux à Vernoux.

L’abbé de la Tourette appela à son aide les plus habiles controversistes de la région. Ses lettres de convocation sont du 17 avril 1657.

Les détails de la controverse se trouvent dans un opuscule fort rare, dû au curé de Valence, messire Gilles Le Féron, « prêtre et prédicateur de la propagation de la foy », intitulé : Manifeste de ce qui s’est passé à Vernoux, bourg de Vivarez, de la province de Languedoc, pendant le Synode des Ministres de la Religion prétendue réformée du mois d’avril de l’année 1657 (8).

Dès leur première réunion, les prêtres catholiques résolurent de vaquer tous les jours à une dévotion extraordinaire, c’est à dire que chaque jour on ferait l’oraison, à la pointe du jour, et qu’on réciterait l’office en commun suivi de la grand’messe, que le soir aurait lieu le chant des vêpres et une prédication de controverse, suivie de la bénédiction du Saint Sacrement.

L’abbé Le Feron fut chargé de rédiger un écrit destiné à informer les ministres protestants :

1° Que les prêtres prédicateurs de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, étaient assemblés par ordre de Monseigneur l’illustrissime évêque de Viviers, prince de Châteauneuf, de Donzère, etc. ;

2° Qu’on se chargerait de prouver que pas un seul des griefs allégués contre l’Eglise catholique ne peut soutenir la discussion ;

3° Quel le principe fondamental du Protestantisme, savoir que l’Ecriture est règle de toute vérité, est convaincu de fausseté d’après leur propre témoignage, et on les met au défi qu’on puisse lire, en termes exprès, sans rien ajouter, diminuer ou changer, dans leur propre Bible de la version de Genève mise entre les mains du peuple et employée dans les prêches, les articles suivants qui sont le fondement du Calvinisme, et constituent sa profession de foi, savoir : 1° l’Ecriture sainte contient tout ce qui est nécessaire au salut ; 2° L’Ecriture est seule règle de toute vérité ; 3° Le péché originel demeure quant à la coulpe, après le Baptême, et est toujours péché ; 4° Nous sommes réputés justes devant Dieu par le sacrifice unique de la Croix ; 5° Il ne faut présumer de nulles vertus ni mérites, mais s’en tenir seulement à la seule obéissance de J-C. ; 6° Nous sommes faits participants de la justice par la seule foi ; 7° J.-C. nous est donné pour seul avocat ; 8° L’intercession des saints trépassés est abus et tromperie de Satan ; 9° On doit tenir le Purgatoire pour une illusion diabolique ; 10° Les vœux monastiques, les pèlerinages, le célibat, l’usage des viandes, la confession auriculaire, les indulgences procèdent de la même source ; 11° La vraie église est la compagnie de ceux qui s’accordent à suivre la parole de Dieu.

Ce défi, daté de Vernoux, le 24 avril 1657, fut signé par l’abbé de Laurans ; M. Couderc, docteur en théologie, prêtre de St-Sulpice et curé de Privas ; M. Terris, curé de Vernoux ; M. Tenant, missionnaire du Puy ; M. Souard, du séminaire de St-Sulpice ; M. Baudran, prieur de Gluiras ; M. des Forets, prédicateur du séminaire de Valence ; M. Armand, curé de St-Péray ; M. Chabroulin, curé de Champis ; M. Rival, curé de St-Vallier ; M. Gourjon, curé de Chalancon, et M. Pontier, curé de St-Jean-Chambre.

Il fut affiché sur les places publiques et envoyé au synode protestant qui devait s’ouvrir le lendemain 25 avril. M. Le Feron fit ce jour-là un grand discours sur l’excellence de la parole divine et, en terminant, il fit lire, à haute voix, par M. Tenant, le mémoire adressé aux ministres protestants, déclarant, au nom de ses collègues, qu’ils étaient prêts à renoncer à leurs bénéfices et à embrasser la religion prétendue réformée, s’ils pouvaeint lui faire « voir un seul de leurs articles débattu et controversé », selon les termes exprimés en leur profession de foi, en la parole de Dieu, telle qu’elle se lit « dans la Bible de Genève ».

En présence d’un auditoire de 4 à 5.000 personnes, réuni sous un grand arbre, à cent pas de l’entrée du bourg, au nom des 25 ou 30 ministres protestants composant le synode, le pasteur Osty, de St-Fortunat, répondit par un discours sur les ténèbres spirituelles et, dit la brochure Le Féron, finit par « avouer que l’Eglise romaine avoit été la vraye Eglise, la maison de Dieu et le sanctuaire de l’Eternel pendant sept siècles entiers ».

Aucune réponse, ajoute l’auteur, ne fut donnée par le synode à la question proposée, ni ce jour là ni les jours suivants, et le 1er mai au matin l’assemblée protestante fut spontanément dissoute.

Les auteurs protestants disent que les ministres avaient accepté le défi et que quelques délégués en avaient réglé avec Le Féron les conditions, mais que le commissaire royal, qui assistait au synode, ne voulut point autoriser la discussion « à cause des mauvaises suites que ces disputes peuvent avoir ».

Quoi qu’il en soit, Le Féron, de retour à Valence, fit imprimer une affiche où l’on lisait en gros caractères : La confusion des ministres du Vivarais et quelques mois après il publiait le Manifeste de ce qui s’était passé au synode de Vernoux.

Comme ces deux écrits attaquaient spécialement Daniel Chamier, le petit fils du célèbre pasteur de ce nom, qui était à cette époque pasteur à Beaumont en Dauphiné, et avait assisté au synode de Vernoux, en qualité d’ancien pasteur de Pierregourde et comme représentant de la province de Dauphiné, plusieurs réformés de Valence, au nombre desquels Mme de Chabrières, prièrent Chamier de répondre. Celui-ci accéda à leur désir et publia, sous forme de lettres : Les victoires imaginaires du sieur Féron, Orange 1658, in 8° (342 pages), dans lesquelles, après avoir répondu à Le Féron au sujet du synode de Vernoux, il s’attache à réfuter deux publications antérieures de ce missionnaire, intitulées : Le triomphe de l’antiquité orthodoxe et catholique, Lyon et Valence 1648 et Le tarif de la monnoye des ministres (9).

Un autre témoignage du zèle de l’abbé de la Tourette pour la conversion des hérétiques se trouve dans un passage des procès verbaux des Etats du Vivarais, que nous croyons d’autant plus à propos de reproduire, qu’il montre clairement le grand, le principal obstacle qui s’opposait autrefois – comme encore aujourd’hui peut-être – à la conversion des protestants, nous voulons dire la fausse situation des convertis vis-à-vis de leurs coreligionnaires et les menaces souvent suivies d’effet dont ils étaient l’objet, surtout dans les petites localités où la majorité se composait de réformés, en sorte qu’il était presque impossible à un converti de continuer à résider dans son bourg ou village natal.

De là l’obligation où se trouvaient les missionnaires de créer des asiles pour les nouveaux convertis. La séance des Etats du Vivarais, où cette situation est indiquée, fut tenue à Joyeuse, le 6 juin 1658, et l’on peut y voir la note juste du dernier des griefs formulés par Benoit contre le prieur de Charay :

« Sur ce que a été représenté, de la part du sieur abbé de la Tourette, que plusieurs personnes de la R. P. R. ayant été converties à la religion catholique, apostolique et romaine, par le soin et le zèle des missionnaires dans le pays de Vivarets, qui auroient travaillé dans le pays avec un succès avantageux à la religion catholique, la plus grande partie de ces nouveaux convertis n’osant pas s’en retourner dans leurs maisons, de crainte d’en être chassés avec honte et mal notés par leurs parents en haine du changement de religion, Messieurs du clergé, appréhendant que ces personnes nouvellement converties, qui avoient quitté et abandonné leur pays aussi bien que l’hérésie, ne trouvant de quoi subsister ni mesme où se réfugier, se relâchassent du dessein qu’ils avoient de persister en la religion catholique, auroient établi cinq maisons dans le royaume, desquelles il y en auroit deux en Languedoc, savoir l’une à Toulouse, et l’autre dans le pays de Viverois, la dernière desquelles ayant été transférée en Avignon pour une plus grande sûreté, et pour servir d’asile aux convertis du présent pays, qui étoient en bon nombre, et dans laquelle ils étoient instruits avec soin de toutes les choses qui concernent la créance de la religion catholique romaine, cette maison ayant besoin de quelque secours dans son établissement et la présente assemblée ayant toujours pris intérêt aux choses qui regardent ladite religion catholique, ledit sieur abbé de la Tourette la prioit vouloir la faire paroistre en cette occasion et contribuer au dessein qu’on a de vouloir faire subsister cette maison en lui accordant telle somme qu’il lui plaira. L’assemblée, voulant favoriser un si bon et louable dessein, auroit accordé la somme de 1.500 livres pour cinq années, qui est à raison de 300 livres chaque année ».

Les disputes théologiques publiques, du genre de l’incident de Vernoux, n’étaient pas rares en ce temps-là ; et, ce qui montre bien le profond changement survenu ans notre tournure et nos dispositions d’esprit, c’est qu’elles étaient suivies avec une sorte de passion par toutes les classes de la population, et il en résultait souvent de nombreuses conversions, généralement au profit des catholiques. Quant aux porte-paroles des deux partis, on n’en vit jamais un seul changer d’opinion, et l’on était sûr, à la fin du débat, d’entendre chacun d’eux s’attribuer la victoire. Nous sourions aujourd’hui de ces colloques religieux ; mais que dira la postérité de nos fameuses réunions publiques et même de nos débats parlementaires ? A chaque époque son courant propre de sentiments et d’idées, et chacun remplit probablement, dans le grand ensemble de la vie de l’humanité, un rôle essentiel que la faiblesse de notre esprit nous empêche d’apercevoir. D’où l’on est en droit de penser que ce n’est pas faire preuve d’élévation d’esprit, ni même d’intelligence, de se moquer à tout propos de l’ancien temps. Il est fâcheux, dans tous les cas, que Louis XIV ne se soit pas borné à ce moyen pacifique de ramener ses sujets à l’unité religieuse, au lieu de leur faire prêcher, comme il le fit plus tard, la théologie par des dragons.


Le pasteur Arnaud dit que, dans le dernier quart du XVIIe siècle, le nombre des protestants, qui se réunissaient à Vernoux pour la célébration de leur culte, était de mille environ. Jusqu’en 1657, il n’y avait qu’un seul pasteur pour Vernoux et Châteauneuf-de-Vernoux. St-Apollinaire-de-Rias, St-Basile et St-Julien-le-Roux faisaient partie de la même Eglise. Plus tard, St-Apollinaire-de-Rias et St-Basile formèrent une église distincte (10).

Lors du soulèvement des fanatiques de 1683, qui précéda la révocation de l’Edit de Nantes, Vernoux fut occupé par les troupes du duc de Noailles, après le combat de la montagne de l’Herbasse (sur la route de Vernoux à Charmes), où les huguenots furent écrasés le 27 septembre. L’armée royale entra à Vernoux sans rencontrer de résistance. M. Arnaud dit qu’on pendit sur la place un nommé Alexandre Pandreau. C’est alors que fut démoli le temple de Vernoux.

Le même écrivain parle de neuf maisons détruites à Vernoux en décembre 1698, par ordre des autorités, parce que le pasteur Claude Brousson y avait demeuré l’année précédente, et de l’exécution d’un prédicant nommé Jacques Gaspard qui fut pendu à Vernoux en 1701 (11).

La révolte des Camisards, survenue dans les premières années du XVIIe siècle, et dont les Cévennes du Gard et de la Lozère furent le principal théâtre, eut deux contrecoups dans la région des Boutières.

Au mois de février 1704, une bande de 100 ou 150 hommes, conduite par trois fanatiques, dont un nommé Dortial, de Chalancon, qu’Antoine Court qualifie de « prophète jusqu’à l’extravagance », parut du côté de Gluiras, massacrant les prêtres et incendiant les églises. Le brigadier Julien, accouru de St-Ambroix à marches forcées, ne tarda pas heureusement à mettre un terme à ses exploits, et la bande fut entièrement détruite à Franchassis près de Pranles, le 23 février (12).

Une autre tentative eut lieu en 1709 sous l’impulsion du fameux Cavalier lui-même, qui, pour provoquer un nouveau soulèvement dans les Cévennes, y envoya son secrétaire Dupont, avec deux de ses anciens lieutenants, Daniel Guy dit Billard et Abraham Mazel. Ces trois personnages, partis de Suisse le 25 mars, réunirent, le mois suivant, quelques partisans, surtout à Vals, grâce au concours d’un habitant du lieu nommé Justet. Après avoir assassiné un gentilhomme, M. de Vocance, du château de la Tour, à St-Pierreville, qui revenait de la foire de Mézilhac, ils publièrent, le 12 mai, un manifeste pour soulever les catholiques eux-mêmes à raison de la lourdeur des tailles. Ils furent battus, le 8 juillet, sur la montagne de Leyris, et finalement écrasés, le 19 juillet suivant, au lieu de Fontréal. C’est là que Billard périt, mais Abraham Mazel put s’échapper et ne fut pris qu’au mois d’octobre suivant près d’Uzès. Dupont était déjà mort au combat de Leyris. La tête d’Abraham fut envoyée à Vernoux, exposée et brûlée publiquement (13). Un nommé Chambon, de Gluiras, qui était dans le complot des Camisards, fut aussi arrêté et exécuté à Montpellier (14).

Telle fut, en résumé, cette triste échauffourée qui fut blâmée par les réformés eux-mêmes, et dans lesquelles il faut voir surtout la main des puissances ennemies de la France exploitant, au profit de leur politique, le fanatisme de quelques malheureux dignes par leur courage d’un meilleur sort. Il est à remarquer que les modernes écrivains protestants négligent avec soin ce point essentiel de la question, tandis qu’il suffit de lire l’œuvre du plus célèbre de leur devanciers, Antoine Court, l’auteur de l’Histoire des Camisards, pour ne conserver aucun doute sur les perpétuelles menées des anciens protestants français avec les Etats étrangers.


Le plus gros évènement du siècle pour Vernoux fut le conflit sanglant dont ce bourg fut le théâtre, en 1745, à l’occasion du pasteur Mathieu Majal, dit Deshubas, parce qu’il était des Hubas, un domaine des environs de Châteauneuf, aujourd’hui propriété de M. de Lubac. Ce Majal ayant été arrêté dans la nuit du 11 au 12 décembre, au hameau du Mazel, près de St-Agrève, fut conduit à Vernoux, et, comme il était très aimé de ses coreligionnaires, ceux-ci tentèrent de le délivrer par force, d’où un conflit qui leur coûta cher et eut, de plus, pour effet de rendre inévitable la condamnation du malheureux huguenot.

Des versions assez divergentes, au moins sur certains détails, ayant été données sur cet évènement, nous allons essayer de le mettre en complète lumière, et cela nous sera facile grâce à deux nouveaux et importants documents trouvés dans les papiers de Soulavie, qui sont aux Archives de Ministère des Affaires étrangères.

Sur les circonstances de l’arrestation, il nous faut d’abord citer le témoignage d’un chroniqueur contemporain et voisin, Michel Forest, de Valence, dont les Annales ont été publiées dans ces derniers temps par M. Brun-Durand :

« … Un marchand du Vivarais vendit à un maquignon, près de Vernoux, un cheval 105 livres, payables dans un mois, et, le temps expiré, fut chez ledit maquignon demander le montant de son cheval ; mais l’autre luy répondit que s’il vouloit l’attendre, il le payeroit, mais quant à présent qu’il étoit dans l’impossibilité de le satisfaire. Le marchand menaça le maquignon de le faire assigner ; mais celuy-cy qui n’avoir rien, luy dit qu’il n’avoit qu’à faire. Le marchand partit pour Vernoux, pour le faire assigner ; puis, ayant réfléchi, il rebroussa chemin et luy dit : Je vois que nous sommes trop amis pour que j’aille vous faire des affaires, j’attendrai encore quelque temps, mais ne me manquez pas de parole. Je voudrois seulement que vous me fassiez parler à votre ministre, car je désirerois bien le voir. L’autre, qui le comptoit de sa secte, luy répondit : Je le veux bien, et le mena dans sa maison, à quelque distance de la sienne. Ils montèrent dans sa chambre et il se fit des civilités de part et d’autre. Le marchand dit qu’il avoit l’honneur de le connaître, qu’il avoit été aux assemblées (ce qui étoit faux) ; enfin, après bien des révérences, ils se séparèrent, laissant le maquignon chez le ministre. Le marchand, sans autre compliment, court à Vernoux chez M. de Chateauneuf (15), qui y commande, et lui dit : « Monsieur, il s’agit de savoir si vous voulez faire la capture du ministre qui est à quatre pas d’icy ; je vous indiquerai l’endroit ». M. de Chateauneuf ne balança point, donna l’ordre à un capitaine, un lieutenant, deux sergents et cinquante hommes de milice pour aller s’en saisir. Ils partent, vont droit à la maison, l’entourent, exceptés huit qui montent, et arrêtent le ministre qu’on amène à Vernoux ».

D’après les écrivains protestants, l’arrestation de Majal, au lieu d’être le résultat d’un acte individuel et fortuit, comme cela ressort des détails précis que donne Michel Forest, se rattacherait à un plan prémédité en haut lieu. La cour, qui avait jusque là temporisé avec ce qu’on appelait les nouveaux convertis, aurait résolu à la suite de ses succès du moment dans la guerre de succession d’Autriche, de revenir à la stricte exécution des Edits. Le 4 décembre 1745, le ministre de la guerre, M. de Saint-Florentin, aurait écrit à M. de la Devèze : « Les amendes frappées sur les arrondissements protestants ne suffisent pas pour les contenir. Rien ne peut faire plus d’impression que le supplice d’un prédicant ; il est fort à désirer que vous réussissiez dans les vues que vous avez pour en faire arrêter un ». Le commandant, ajoute-t-on, se mit donc en campagne avec ses espions et ses soldats, et Deshubas fut pris.

Nous ne savons si cette dépêche de Saint-Florentin est bien authentique. M. Daniel Benoît, l’auteur de l’ouvrage le plus récent sur Deshubas (16), aurait bien fait d’en indiquer la source. Dans tous les cas, il suffit de rapprocher la date de la dépêche de celle de l’arrestation, laquelle eut lieu six jours après, pour qu’il soit impossible d’admettre entre les deux faits une relation quelconque.

M. Daniel Benoît dit avoir trouvé beaucoup de documents dans les archives du pasteur Lebrat, de Roubaix, arrière petit-neveu de Majal, dans les archives de l’Hérault, et dans le Recueil des actes tenus en la province du Vivarais de 1721 à 1793, que possède le consistoire de La Voulte ; mais le récit suivant qu’il fait des circonstances du conflit paraît uniquement emprunté à un ouvrage intitulé : La nécessité du culte public parmi les chrétiens (17), publié à Francfort en 1747 :

« Au hameau de Cluac, le pasteur fut reconnu, vers les 8 heures du matin, le 12 décembre, par un de ses paroissiens, Etienne Gourdol, qui, touché de compassion en voyant « ces colombes au milieu des vautours », réunit une vingtaine de ses voisins et vint, avec eux, attendre le détachement au bois de la Trousse, à un quart de lieue de Vernoux. Ils étaient sans armes et n’avaient qu’un but : obtenir, par leurs prières, de la pitié du commandant, la liberté des prévenus. Leur demande fut repoussée avec hauteur. Alors Gourdol, se jetant au cou du pasteur, déclara qu’il ne le lâcherait point. Les soldats firent feu, Gourdol et cinq de ses compagnons furent tués et quatre faits prisonniers. Deshubas lui-même fut blessé d’un coup de baïonnette à l’épaule. Le ministre fit son entrée à Vernoux, à 10 heures du matin, au milieu des huées d’une population fanatisée ».

Le récit de M. le pasteur Arnaud est dans le même sens, et paraît basé principalement sur un mémoire dicté à Antoine Court, à Genève, par le pasteur Coste, un des prédicants de l’époque en Vivarais (18), mais qui n’avait pas été le témoin oculaire du conflit.

Or, voici deux témoignages nouveaux, dont l’importance est incontestable, puisqu’ils émanent de deux personnes de Vernoux qui ont assisté aux faits qu’elles racontent.

Le premier est de M. de Montjoux qui habitait en 1780 Belay, près de Vernoux.

Le second est de l’abbé Rostand, curé de Vernoux à l’époque du conflit ; ce prêtre fut nommé plus tard prieur-curé de St-Andéol-de-Bourlenc, et c’est là qu’il est mort en 1779. Sa lettre est datée de l’année d’avant sa mort et elle est adressée à Soulavie, alors vicaire à Antraigues, qui lui avait demandé une relation de l’évènement.

Voici le texte de ces deux pièces :

Relation de M. de Montjoux

Le nommé Mathieu Majal, dit des Hubas, natif de la paroisse de Vernoux en Vivarais, ministre protestant du district de cet endroit, fut arrêté, la nuit du 11 au 12 décembre 1745, dans la paroisse de St-Agrève, à quatre lieues de Vernoux, chez le nommé Rochette, où il s’était rendu pour exercer le lendemain dimanche les fonctions de son ministère.

Les troupes qui le prirent, au nombre de vingt hommes, étaient des milices du Berry en garnison à St-Agrève, commandées par un lieutenant appelé La Baronnière, homme de tête et de courage, qui partit tout de suite pour Vernoux, où il espérait prendre un renfort avec son prisonnier et l’hôte qui l’avait reçu.

Les protestants, instruits de l’évènement, dépêchèrent sur le champ de tous côtés des exprès à leurs confrères, pour l’enlever en chemin. Leur activité fut si prompte qu’un corps de protestants d’une trentaine d’hommes se présenta au lieutenant La Baronnière, à demi-lieue de Vernoux, mais sans armes, pour demander leur ministre, sous prétexte que c’était un honnête homme qui les instruisait et ne faisait aucun mal. L’officier leur répondit de se retirer. Ils insistèrent, prirent de force la bride du cheval qui portait le ministre et commençaient à le délier. L’officier, s’en étant aperçu, cria qu’il allait faire feu s’ils n’obéissaient. Sa menace étant vaine, il ordonna de tirer, mais de ménager le feu. On l’effectua, et cinq tombèrent à terre. Alors le reste des protestants recula, saisit des pierres qu’il jeta de toute sa force aux soldats, dont plusieurs furent considérablement blessés, et l’officier, sans perdre de temps, continua son chemin, en faisant passer devant un soldat, qui courut à toutes jambes demander du secours au commandant de Vernoux, qui se trouva à la grand’messe avec nombre de ses soldats. Dès qu’il eut appris l’évènement, il cria à haute voix à ses soldats d’aller vite prendre leurs armes, ce qui rendit l’église comme déserte, les habitants étant tous sortis pour savoir ce qui se passait. Les soldats ayant à leur tête le sieur de Préblanc, leur capitaine, marchèrent vite au devant de la troupe de St-Agrève, qu’ils trouvèrent tout près de l’endroit.

Ce même jour, 12 décembre, qui était un dimanche, il y avait une grande assemblée de protestants dans la paroisse de Boffres, à une grande lieue de Vernoux. La nouvelle de ce qui se passait y étant parvenue, elle se mit en chemin pour Vernoux au nombre de deux à trois milles individus, les femmes comprises, mais sans armes, comptant que leur nombre en imposerait et qu’ils auraient le ministre de gré ou de force. Y étant arrivée, elle le demanda avec hauteur et menaça de saccager l’endroit si on refusait. Le sieur de Préblanc, commandant, ne fut pas peu embarrassé ; il n’avait qu’environ quarante deux soldats, compris la troupe venue de St-Agrève. Il savait, d’ailleurs, que Vernoux était tout ouvert et sans la moindre défense. Son premier soin fut d’abord de doubler la garde de la prison, et ensuite de placer des soldats avec des bourgeois à travers la rue, avec défense de laisser entrer personne, précaution sage, parce qu’il n’aurait pas ensuite été maître. Puis il fit crier à cette multitude de ne pas avancer, qu’il allait délibérer de la façon dont il s’y prendrait pour rendre le ministre sans être compromis, ce qui la fit patienter. Il tint effectivement conseil avec les officiers et quelques bourgeois sur le parti à prendre dans la situation délicate où l’on se trouvait, car l’on craignait qu’ils ne brûlassent Vernoux. Mais autre difficulté : peu d’armes chez les bourgeois qui fussent en état, et ni plomb ni poudre. Il fut cependant convenu de fondre d’étain pour avoir des balles, de préparer des fusils et de chercher de la poudre chez les bourgeois. Aussitôt on mit la main à l’œuvre.

Cependant les rebelles s’impatientaient de recevoir réponse. Alors un considérable bourgeois de l’endroit fut à eux pour leur dire de patienter encore, que dans peu on leur donnerait satisfaction. Ils le crurent bonnement, mais peu à peu voyant qu’on les amusait, ils voulurent avancer en foule. Les soldats, avec six à sept bourgeois, qui étaient sur les armes à travers la rue par où ils venaient, leur crièrent de ne pas avancer ; mais, n’y ayant pas déféré, ils firent feu, de même que quelques bourgeois de leur fenêtres, et en étendirent vingt-sept sur la place, parmi lesquels il y avait une femme qui avait son tablier plein de pierres avec deux à la main. Il y eut aussi en même temps un jeune homme qui, ayant pénétré dans Vernoux, suivait la grande rue avec deux pierres à la main en criant : Courage ! Vernoux est à nous ! Mais trois coups de feu partis des fenêtres le couchèrent raide mort. On aurait pu, après la première décharge, en tuer bien d’autres ; la presse était si grande qu’ils se renversaient les uns sur les autres ; mais on s’en abstint par religion.

Ces rebelles, épouvantés d’une telle réception et de la mort de tant des leurs, reculèrent avec précipitation et s’allèrent mettre hors la portée du fusil, où ils délibérèrent, ce qui donna le temps aux commandant et bourgeois de respirer ; la poudre manquait ; celui qui la vendait était absent et protestant ; on fit ouvrir sa porte et on prit celle qui s’y trouva.

Le temps devenant plus froid, les rebelles s’allèrent mettre à l’abri d’un monticule à deux quarts de lieue de l’endroit ; il y avait du bois, ils en coupèrent et allumèrent du feu, afin de passer la nuit plus aisément. Alors les femmes et plusieurs hommes se retirèrent, tant à cause du froid qui devenait plus vif, que pour procurer des vivre au camp, qui en manquait totalement ; mais en même temps on vit venir de tous côtés des gens armés, dont plusieurs, outre leurs armes, portaient des pains entiers pour leurs camarades.

M. de Châteauneuf, commandant en Vivarais, à qui on avait dépêché d’abord que le ministre fut arrivé à Vernoux, fit partir de suite de Tournon, où il demeurait, la compagnie de grenadiers qui y était, avec la brigade de maréchaussée de sa ville, qui arrivèrent sur la minuit à Vernoux (qui est à six lieues de chemin de Tournon). Ce secours releva le courage des uns et des autres, car tout Vernoux s’attendait à tout moment à être pris de force et brûlé. Le bruit effrayant qui venait du camp des rebelles, et qu’on entendait d’une lieue, fortifiait cette crainte.

M. de Châteauneuf avait encore mandé à la compagnie de St-Péray de marcher à Vernoux, ordre reçu ; ce qu’elle fit. Elle aurait risqué sans un hasard favorable. Le capitaine de cette compagnie trouva en chemin un homme qui venait de la Justice, village que traverse le chemin de St-Péray à Vernoux, à près d’une demi-lieue de ce dernier endroit. Le paysan lui dit qu’il y avait un peu au-delà de la Justice une troupe de gens armés qui barraient le chemin. Ce capitaine s’avisa d’une ruse qui lui réussit. Il prit deux de ses soldats les plus déterminés, leur donna la leçon et les fit passer premiers. Les soldats arrivés vers la troupe armée leur dirent : « Hé ! Messieurs, que faites-vous ici ? Vous allez être exterminés, si vous ne vous retirez promptement. Voici un bataillon qui vient, et vous allez voir dans le moment l’avant-garde dont nous sommes ». Ils le crurent et se sauvèrent. Le capitaine profita de ce moment pour pénétrer à Vernoux. Il était environ deux heures avant jour et il y avait des brouillards, ce qui lui servit beaucoup.

Ce même jour, Vernoux toujours justement alarmé fit demander des secours aux paroisses de St-Jules-le-Roux et Silhac qui en envoyèrent. Celui de Silhac était sous les ordres du sieur de Moreure, sieur de Rochesauve, capitaine réformé et commandant la paroisse, qui sachant qu’on l’attendait près du pont de Dunière, prit à travers les champs, laissant le grand chemin, et pénétra heureusement avec les siens dans Vernoux.

La nuit du lundi 13 décembre au mardi, a compagnie en garnison au Cheylard, à quatre lieues de Vernoux, y arriva encore, et pareillement celle de la ville de Privas, à la pointe du jour, qui venait d’un chemin opposé au camp des rebelles. Le capitaine de la compagnie du Cheylard faillit être tué près d’un village appelé Cluac que le grand chemin traverse; heureusement il apprit en chemin qu’il y avait au village de Cluac nombre de gens armés, ce qui lui donna lieu de se méfier ; étant arrivé près, il passa sous le village. La troupe l’ayant aperçu, lui cria : Qui vive ? A quoi il répondit. Alors on lui tira un coup dont la balle lui emporta partie de la frisure de sa perruque du côté gauche, mais comme il avait une certaine avance et qu’il marchait à grands pas, on le laissa, et ce capitaine de son côté continua son chemin avec sa troupe.

Enfin, M. de Châteauneuf, commandant en Vivarais, instruit que les rebelles s’obstinaient à tenir bon dans leur camp où ils se relevaient continuellement, se décida à venir à Vernoux, le vendredi ou samedi suivant, avec de nouvelles troupes et quelques bourgeois qu’il prit en passant à Cornas et à St-Péray. Il y arriva le matin, fit ses arrangements, parce qu’il convenait de laisser des troupes pour garder l’endroit, puis il dîna et monta à cheval pour emmener le ministre à Tournon. A peine y était-il qu’il fallut mettre pied à terre, sur l’avis qu’on lui donna, qu’un gros corps de rebelles barrait le chemin qui conduit à Tournon par le village de la Justice. Il se consulta et il fut conseillé de prendre le chemin du Pape, qui est au midi de Vernoux, et de laisser celui de Tournon qui est au nord, ce qu’il effectua. Le chemin du Pape passe le long d’un ruisseau au bas d’une colline et est couvert d’un monticule, de sorte qu’il se trouva loin avant que les rebelles s’en fussent aperçus ; il s’éloigna de deux grandes lieues, mais il arriva heureusement à Tournon avec sa troupe, le ministre, son hôte Rochette et quelque autre prisonnier. Les rebelles, se voyant déçus et tous leurs projets échoués, ne pensèrent plus à rien. On laissa cependant durant plusieurs mois nombre de troupes à Vernoux pour le garder, sachant que l’animosité des rebelles contre cet endroit était extrême, mais à la fin elle se ralentit et le calme succéda à la tempête (19).

Voici maintenant la relation du curé de Vernoux :

Histoire de la rébellion contre les troupes du Roy, de la part de ceux de la R. P. R., arrivée dans ma paroisse de Vernoux et lieux voisins en 1745, écrite par moi Roustand, prêtre-curé dudit Vernoux pendant l’émeute, et de présent prieur de St-Andéol-de-Bourlenc (20).

A M. l’abbé Soulavie l’aîné, d’Antraigues en Vivarais, auteur de l’histoire de ce diocèse.

De St-Andéol-de-Bourlenc. le 4 juin 1778.

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous envoyer la relation des troubles arrivés à Vernoux pendant que j’étais curé de cette paroisse. En faisant transcrire ici le récit que j’ai dressé en son temps, je désire qu’il soit utile à vos travaux et suis bien persuadé que vous donnerez à cette histoire un style que je n’ai pu, faute de talents, revêtir des fleurs de la rhétorique.

Les troubles de Vivarais en 1745 sont arrivés à l’occasion d’un Mathieu Majal, ministre de la Religion, né aux Hubas, près de Chalancon ; il avait pris le nom du lieu de sa naissance, avait fait quelque étude à Genève, où on l’avait choisi pour ministre de ceux de la R. P. R. et pour prêcher, contre les ordres du roy, tant à ceux de ma paroisse qu’à ceux d’autres paroisses voisines, où il y a beaucoup de personnes prévenues des erreurs du calvinisme. Ce Majal était ardent prédicateur contre tous les prêtres catholiques ; il criait de toutes ses forces dans le désert (où ceux de sa religion s’assemblent) contre l’évêque, contre moi surtout qui ne voulais rien autre de lui, sinon le ramener (ce qui est l’effet de la grâce de Dieu), du moins l’engager à se retenir dans ses imprécations contre la Mère de Dieu, les Saints, le Purgatoire ; sur quoi je le traitai vraiment comme mon frère en diverses rencontres.

Depuis longtemps les officiers du roy en cette province veillaient par eux ou par leurs subdélégués au bon ordre de l’intérieur du diocèse, car, pendant la guerre avec l’étranger, les protestants étaient ou jaloux ou inquiets lorsque le roy avait quelques succès, ou même prêts à la rebellion, voyant que la province était moins garnie et soutenue du soldat qu’auparavant à cause de la dite guerre.

Mathieu Majal, pour lors âgé de vingt-cinq ans, ou vingt six ans, fut pris, le 11 décembre 1745, au lieu de Montréal (21), sur le chemin du Puy à St-Agrève, et un détachement de troupes le conduisit à Vernoux, ma paroisse.

Le lendemain, 12 décembre, le détachement arriva à Cluac, entre les Nonnières et Vernoux. Il y rencontra un nombre pareil de protestants qui se trouvèrent par hasard à prier Dieu dans leur désert, et qui n’attendaient pas de voir un ministre de leur religion pris et arrêté. Le plus hardi de tous, nommé Etienne Gourdol, vint se présenter aux troupes du roy. Il leur dit : « Messieurs, je vous prie de nous rendre notre ministre qui n’a point commis de crimes, de le laisser enseigner la parole de Dieu et de vous distinguer dans la guerre contre les ennemis et non pas contre nous, et si vous ne voulez pas nous le rendre, nous vous l’enlèverons bien ».

Alors le lieutenant, qui était à la tête des soldats, fit tirer sur les protestants, et il y en eu quatre de tués à cette première décharge, ce qui servit de réponse à leur demande et ce qui les rendit si craintifs qu’ils prirent la fuite sans attendre la seconde.

Cependant l’alarme se mit dans Cluac, et ceux de la religion dans ce même moment firent courir des messages à tous ceux de leur secte pour les avertir de l’enlèvement de Majal, dit des Hubas, leur ministre. Il en partit pour St-Pierreville, les Nonnières, St-Basile, St-Jean-Chambre et d’autres pour St-Apollinaire, village assez près du chemin où les troupes devaient passer, de manière qu’il se forma une seconde troupe qui se mit en devoir de s’opposer au passage des soldats qui avaient garotté Majal ; car les protestants, qui furent plus courageux cette fois-ci que la première, s’armèrent, qui de bâtons, qui de pierres, pour se défendre.

Ils demandèrent alors encore une fois leur ministre, mais on ne répondit que par une autre décharge des fusils qui tua six protestants et blessa deux femmes, ce qui les mit encore en fuite pour la seconde fois.

Les huguenots, hommes, femmes et enfants, se rallièrent encore pour la troisième fois et suivirent de près les troupes du roy qui entrèrent en partie à Vernoux, le dimanche sur les 10 et 11 heures, tandis que je disais la grand’messe.

Alors j’entendis battre caisse, et lorsque je disais le premier Memento, il se fit en mon église une rumeur particulière, et je crus que c’était un incendie qui brûlait toute la paroisse.

Après l’élévation du calice, cette rumeur fut changée en bruit et paroles que je ne pouvais distinguer. Je reconnus qu’on vuidait l’église et qu’on criait : Au soldat ! aux armes ! C’est l’ennemi ! Vernoux est perdu ! Les huguenots l’ont pris !

Je continuai ma messe et je priai Dieu de sauver ma pauvre paroisse, et je consumai toutes les hosties, de peur que les ennemis de la religion, ayant pris la paroisse, n’en vinssent aux mêmes sacrilèges que ceux qu’ils ont commis si souvent dans une pareille rencontre.

A la Communion, je fus délaissé seul, de telle manière qu’il ne resta personne pour chanter la Communion, et au Dominus vobiscum, je n’eus que mon clerc.

Après ma messe, je trouvai toute ma paroisse aux armes, et les huguenots qui voulaient reprendre ou par bon gré ou par force leur ministre étaient inarmés (sic) ; aussi j’entendis crier : Si on ne rend notre ministre, nous allons mettre le feu dans Vernoux, et nous ferons à votre curé ce que vous faites à notre ministre.

Les plus sages de ma paroisse reconnurent le danger de cette émeute. M. Afforti, l’un des principaux, parla aux plus ardents du parti protestant, mais ils voulurent toujours pour condition première qu’on déliât leur ministre.

M. Afforti, M. Abrial, M. Garnier, etc., et les principaux de l’endroit promirent de le rendre, et en cela ils eurent tort, puisqu’il ne fut pas rendu, ou bien ils eurent tort de promettre. Trois heures se passèrent tant en demandes qu’en réponses de la part de la paroisse et des protestants, qui menaçaient à chaque instant de nous brûler tous vivants dans Vernoux, tandis que les soldats de la garnison faisaient leurs opérations militaires qui leur sont connues, pour faire décamper les protestants qui s’étaient emparés en partie des rues, des places et de quelques maisons.

Les troupes du roy étaient commandées par un commandant et un lieutenant. Le premier, qui voyait ses troupes faibles, avait voulu rendre le ministre. Le second, plus aguerri, lui dit qu’il se plaindrait à la cour, s’il rendait le prisonnier qui lui avait tant coûté pour le conduire de St-Agrève à Vernoux, tant il y a que le capitaine se rendit et résolut de suivre au point l’ordre du roy.

Pendant ces moments, on vit venir de loin une nouvelle troupe de protestants qui venaient secourir ceux qui étaient déjà dans Vernoux, de manière que ce jour-là toutes les paroisses voisines fondirent sur la mienne.

Une quarantaine de mes paroissiens, sans être au fait de la guerre défensive en pareil cas, suivirent l’instinct naturel et s’en allèrent occuper toutes les fenêtres qui étaient sur le lieu de passage pour empêcher, en tirant dessus, ces nouveaux venus de se joindre aux précédents.

D’autres de ma paroisse, principalement la jeunesse, gardèrent les autres avenues, et comme les autres protestants voulurent les forcer, on tira sur eux dans ces petites ruelles. Et comme le coup et la réponse riposte des paroles tout fut entendu dans le même instant, tous les bourgeois qui gardaient les fenêtres tirèrent sur les protestants dans les rues, et de cette première décharge il y eut trente-trois de morts sur le carreau, principalement de la troupe de protestants qui se trouva engagée entre les deux feux opposés des soldats et des bourgeois.

Ce qu’il y a de plus remarquable et en même temps de plus surprenant, c’est que tant de ces protestants-là que de ceux du dehors étant au nombre de trois mille, environ cinq cent cinquante desdits protestants furent blessés.

L’épouvante s’empara alors de ces troupes mutines qui étaient ci-devant tant audacieuses, et elles s’empresssèrent si fort de sortir de Vernoux, que les révoltés se blessaient eux-mêmes en fuyant, sans qu’aucune sorte de secours vînt panser leurs plaies, tant il y a que plus de deux cents en moururent, qui ne seraient point morts s’ils avaient eu des secours en fait de chirurgien et médecin.

Le bruit de cette mutinerie arriva le même jour dans les Boutières qui renferment beaucoup de protestants et qui prirent part à cette querelle, car on a observé toujours que le parti se soutient le mieux qu’il le peut. Ainsi le lendemain, lundi 13 décembre, on vit arriver d’abord toute la jeunesse des Boutières au nombre d’environ quatre cents, qui, n’étant pas assez nombreux, n’osèrent entrer dans la ville ; les habitants, de leur côté, barricadèrent le mieux qu’ils purent et, comme le bourg n’est pas bien fortifié, on imagina des retranchement faits avec des boisages et des tonneaux de vin remplis de pierrailles et de sable.

Sur ces entrefaites, on me porta un mot de lettre qu’on trouva sur le cadavre d’un religionnaire étendu sur le carreau ; elle n’est pas signée, mais elle fait voir qu’il y avait de l’intelligence entre les ministres protestants du Vivarais et les ennemis anglais, non pas pour la présente rébellion qui est advenue sans dessein prémédité, mais bien pour prendre les moyens de résister aux exactions faites dans les Boutières contre les protestants.

Si vous pouviez, dit la lettre anonyme, engager les peuples de vos cantons à secouer le joug et à empêcher qu’on ne les maltraitât, en les faisant soulever contre leurs tyrans d’un commun accord, vous recevriez des secours en argent et autres à ce nécessaires ; le secret et une prompte expédition tentative (sic) sont à pratiquer dans ce cas.

Je conclus à cette lecture que les ennemis de la France avaient de mauvais desseins sur nous, et de vrai le roy était en guerre contre les Anglais, qui depuis longtemps ont essayé d’envoyer le trouble dans le cœur de notre province, et cela est arrivé souvent pour le passé, comme nos pères le savent et le disent encore.

Quoi qu’il en soit, il se trouva bientôt devant ma pauvre paroisse de Vernoux un nombre de protestants, jusqu’à trois mille cinq ou six cents, qui la tinrent dans une espèce de blocus. Les habitants de Vernoux, de leur côté, déjà bien barricadés, envoyèrent un député au commandant de la province, M. de Châteauneuf, qui vint à la tête des garnisons de St-Pierreville, de St-Agrève, Privas, Tournon, Cheylard. D’un autre côté, M. de la Devèze, commandant du Languedoc, venant à la tête d’autres troupes, se retint à Privas, d’où il publia la paix aux conditions qu’on quitterait les armes. La paix ni les troupes fraîchement venues n’auraient pas intimidé les assiégeants, mais comme ils étaient sans tentes, exposés à un froid excessif, la gelée les mit plutôt en déroute que les troupes du roy, et ainsi finit l’émeute qui causa tant d’alarmes dans ce pays et la mort à tant de monde.

Pour Mathieu Majal, dit des Hubas, qui en avait été la cause, il fut conduit à Montpellier et condamné le 1er février à être pendu, ce qui fut fait.

Voilà, Monsieur, la relation que vous me demandez, et je suis avec respect,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Roustand (22)

Voici quelques autres détails, extraits de la chronique de Michel Forest, qui complètent les relations du curé et de M. de Monjoux :

« … Le ministre devait faire le dimanche une assemblée à peu de distance de Vernoux, à Boffres. Son monde s’assemble au nombre d’environ 2.000 de divers endroits ; mais étant arrivés, ils apprennent que leur ministre est en prison à Vernoux. Alors, remplis de rage, ils se mettent de crier qu’il faut aller le délivrer. Quelques-uns, plus sensés, veulent leur observer le danger auquel ils s’exposent voyant les deffenses du Roy et qu’il vaut mieux, au prix de leur argent s’il le faut, que d’aller risquer biens et vies. Rien ne peut les arrêter ; tout part, hommes, femmes et enfants ; les uns s’arment de faux, les autres de tridents; le reste coupe de jeunes arbres pour en faire des bâtons à leur mode ; ils s’en vont en foule dans Vernoux, et se mettent dans le milieu de la place, en criant qu’on ait à leur rendre leur ministre, qu’ils sont les maîtres de Vernoux et qu’ils vont y mettre le feu. Vernoux est presque tout catholique. L’officier commandant de milice, qui y était pour lors, ordonne aux habitants de par le Roy de luy prêter main forte, de fermer leurs maisons et de faire feu par les fenestres. La milice commence le feu avec peu de munitions et les habitants ensuite sur cette population assemblée. Il en reste sur le carreau à cette première décharge trente trois. Ces gens, se voyant ainsy maltraités, sortent en déroute ; mais après s’être ralliés reviennent le même jour lorsqu’on disoit vêpres, croyant l’occasion favorable. Le curé fait sonner le tocsin, la milice et les bourgeois font une seconde décharge et en laissent vingt-neuf sur la place, sans compter les blessés et ceux qui mouroient par les chemins. Une femme prête à s’accoucher eut l’audace d’aller, avec un poignard à la main, à la porte de la prison y trouver une sentinelle et luy dit: « Gueux, si tu ne nous rends notre ministre, je t’enfonce ce poignard dans le sein ». La sentinelle voyant à regret que cette femme le poussoit à bout et que les menaces seroient suivies d’effet, lui enfonce sa bayonnette dans le ventre et la jette dans la rue. Enfin, après bien du carnage, ces huguenots prennent le party de la fuite, laissant sur la place de Vernoux 62 morts, que les milices dépouillèrent et jetèrent dans un fossé qu’ils firent sur ladite place. On en trouva des morts partout et il en guérit peu de leurs blessures, parce que les habitants, faute de balles, tiroient avec de gros plomb de fonte, qui est commun dans le pays, ce qui fera qu’ils perdront davantage de monde, comptant au moins deux cents blessés ; aussy en trouva-t-on journellement dans différents endroits ».

D’autres rassemblements eurent lieu, en vue de délivrer, Deshubas, mais les pasteurs eux-mêmes travaillèrent à calmer leurs coreligionnaires, et tout nouveau conflit fut ainsi évité.

Le marquis de Châteauneuf arriva à Vernoux le 15 et repartit le même jour par la route de Beauchastel, avec une forte escorte et ses prisonniers, car il y en avait huit autres avec Deshubas ; il remonta ensuite de Beauchastel à Tournon où les prisonniers restèrent enfermés dix-huit jours. Ils partirent, le 2 janvier, pour Montpellier, où ils arrivèrent sans encombre, bien que plusieurs rassemblements eussent été signalés sur leur passage.

Là Deshubas eut dans sa prison plusieurs entretiens avec un Père Jésuite nommé Barbe, délégué pour essayer de le convertir. La relation de ce religieux, que nous avons lue aux archives des affaires étrangères, nous a laissé l’impression que le prisonnier n’était pas si éloigné des principes de l’Eglise catholique qu’on pourrait le supposer et que des considérations d’honneur et de solidarité avec ses coreligionnaires l’empêchèrent encore plus que des raisons d’orthodoxie protestante de se rendre aux sollicitations du P. Barbe.

Quoi qu’il en soit, le malheureux fut pendu à Montpellier le 1er février 1746 et mourut très courageusement (23).

Après l’exécution, Lenain, l’intendant du Languedoc, écrivant au comte de St-Florentin, lui dit qu’on avait trouvé dans la procédure des complices au jeune pasteur (il voulait parler des personnes qui avaient pris les armes pour le délivrer), mais, ajoutait-il, « MM. les évêques de la province m’ont fait l’honneur de venir me trouver, pour m’exposer que l’affaire de Vernoux n’ayant eu non seulement aucune suite, mais encore que tout le pays était entièrement tranquille, ils me demandaient de ne point suivre les procédures et de supplier Sa Majesté de leur faire grâce ».

Cette démarche des évêques et le rôle pacificateur des ministres sont caractéristiques du changement qui était survenu dans les mœurs et du terrain qu’avait perdu le fanatisme religieux. Pour qui lit avec attention les mémoires du temps, il est clair que l’exécution de Deshubas fut le résultat d’une série de circonstances malheureuses au premier rang desquelles il faut placer les interventions armées de ses coreligionnaires pour le délivrer. Toutes les autorités de la région et de la province, et en particulier du commandant Châteauneuf et de M. de la Devèze, étaient plus ou moins disposées à la clémence, et la conscience publique, même parmi les catholiques, commençant à s’ouvrir enfin au principe de la liberté de conscience, était hautement opposée à tout acte de suprême rigueur pour cause de religion.

Le protestant Menut, chez qui avait été arrêté Deshubas, fut condamné aux galères et y était encore quinze ans après, puisqu’il est cité à ce titre dans le livre du pasteur Coquerel : Les martyrs pour la foi.

En somme, les deux versions, catholique et protestante, sur l’évènement de 1745, sont les mêmes au fond, sauf quelques détails secondaires et certaines nuances qui s’expliquent par les points de vue différents où se placent ceux qui les racontent. M. Daniel Benoit justifie en ces termes, avec une part de blâme, ses coreligionnaires :

« Tout ce que l’on peut dire de plus vrai sur le compte des protestants du Vivarais, c’est que trop de confiance dans la justice de leur cause, dans l’humanité et dans les compassions de leurs concitoyens, dans l’effet de leurs prières et de leurs larmes, et trop de zèle pour leur pasteur, les fit agir dans cette occasion fort inconsidérément et sans réflexion ».

Ce qu’on peut justement reprocher aux auteurs protestants, c’est la lacune que présentent leurs récits au point de vue des motifs qui faisaient agir le gouvernement d’alors. Sans doute, il est fâcheux que celui-ci ne comprit pas la tolérance religieuse comme nous la comprenons aujourd’hui, – nous reconnaîtrons même volontiers qu’il était en arrière sur l’opinion publique, à qui les persécutions pour faits de croyance et de culte commençaient à paraitre souverainement injustes et odieuses ; – mais il est fâcheux aussi que les protestants d’alors ne comprissent pas, de leur côté, le patriotisme national comme nous le comprenons de nos jours, et l’on conçoit que leurs perpétuelles menées avec les puissances étrangères depuis la fin du siècle précédent eussent inspiré au gouvernement royal les défiances les plus vives et parfois les plus justifiées. C’est cette considération qu’il ne faut pas perdre de vue dans tous les incidents de ce genre au XVIIIe siècle, et c’est elle qui explique la dépêche de St-Florentin, si elle est authentique. Au fond, quand on examine de près nos guerres religieuses, on voit que la politique y a presque toujours joué un rôle encore plus grand que la religion.

Pour en revenir à l’affaire de Vernoux, elle fut évidemment un produit spontané autant que malheureux des circonstances, plutôt que le résultat d’un plan quelconque prémédité d’un côté ou de l’autre. Entre la masse protestante exaspérée par l’arrestation d’un ministre très aimé dans le pays, et les soldats et habitants catholiques de Vernoux affolés par le nombre des envahisseurs et les menaces de mort et d’incendie, il arriva ce qui serait arrivé partout ailleurs en semblable occurence, et plutôt que d’entreprendre la difficile tâche de peser les responsabilités, nous croyons plus sage d’envelopper dans un sentiment de pitié commune tous les acteurs de ce terrible drame.


Tel est le sentiment qui domina nos conversations avec Agrippa, dans une excursion que nous fîmes ensemble au Serre de la Roue, et dans laquelle fut passée en revue toute la vieille chronique religieuse de Vernoux. Et ce n’est pas sans une certaine émotion que nous considérâmes sur cette montagne, que Court appelle des Isserlets, les amas de pierres, derniers restes du campement des Camisards. Nous nous représentâmes ces pauvres fanatiques, debout à la place où nous étions, chantant des Psaumes, avant d’aller à Leyris subir le choc des troupes royales, et obliger le vainqueur à admirer lui-même la bravoure du vaincu. De ce sommet, la vue est splendide. Agrippa me montra au loin tous les théâtres des drames terribles d’autrefois. La terre a verdi partout sur les tombes ; et les âmes envolées dans l’inconnu ont sur nous l’avantage de pouvoir s’expliquer ce qui pour nous continue de rester incompréhensible, à savoir, la triste fatalité qui met si souvent aux prises dans ce bas monde tant de braves gens dont la vaillance et le dévouement pourraient s’exercer plus utilement ailleurs.


On sait que, sur l’invitation des Etats du Languedoc, les curés et juges de cette province répondirent pour la plupart à un questionnaire qui leur fut adressé par les savants Bénédictins, auteurs de l’Histoire du Languedoc. La réponse du curé de Vernoux est un tableau précieux de l’état de cette ville en 1760. En voici la partie essentielle :

Verno-Vernonis : C’est ainsi qu’on trouve le nom de Vernoux latinisé dans les anciens titres.

C’est un bourg ou gros village ouvert, car il n’est entouré d’aucune muraille.

L’église est sous le vocable de St Pierre, prince des Apôtres.

Vernoux est du diocèse de Viviers et de l’Officialité des Boutières : c’est ainsi qu’on nomme dans ce diocèse ce qu’on appelle ailleurs doyenné ou archiprêtré rural.

La collation de la cure appartient à Monseigneur l’Evêque, qui est rentré dans son droit ordinaire, par la négligence du prieur ou curé primitif.

Le prieuré est en commende depuis longtemps. Il est régulier de sa nature et dépendant de l’abbaye de Cruas. Il y a cinq chapelles, savoir : St-Sévère, Notre-Dame, St Joseph, St-Antoine et St-Nicolas, toutes de patronage laïque. Le revenu en est si modique, qu’à peine y trouve-t-on l’honoraire des messes dont elles sont chargées. Point de réunion de bénéfices.

Il y a 215 feux dans le bourg et 172 à la campagne.

Cette paroisse a quatre seigneurs justiciers, savoir : M. le prieur, M. le marquis de la Tourette, M. des Peschiers et M. du Noyer, mais celle des deux derniers est peu de chose.

Elle ressortit un bailliage d’Annonay et au sénéchal de Nîmes.

M. de la Chaise a trois domaines dans la paroisse.

M. de Rouville, conseiller au parlement de Toulouse, y a le domaine des Peschiers appartenant à sa femme, et M. du Noyer y habite. Il n’y a point d’autres familles nobles.

Rien à signaler en fait de particularités remarquables : monuments, inscriptions ou souvenirs historiques.

Vernoux appartient à la généralité de Montpellier.

Il y a un maire ancien mitriennal, deux consuls. Leurs fonctions sont de dire Amen à tout ce que les corps du village exigent, et leurs droits réduits à porter le chaperon et à prendre 15 livres chacun qu’on leur impose annuellement. Il y a encore un greffier consulaire et un conseil politique. Le greffier écrit ce qu’on lui dicte et les conseillers jettent de la poussière sur l’écriture et signent sans savoir ce qu’ils signent.

Tout y est très mal administré.

Signé : Martel, curé de Vernoux (24).

  1. La Revue du Vivarais a publié cette étude en 1894 sous le titre de Vernoux ancien – Le prieuré de St-Pierre – Les seigneurs du lieu – Jean Delicieux dit le Pavanier et la maison de la Tourette au XVIe siècle_, avec deux gravures des ruines du château de la Tourette, et une troisième du château de Vaussèche.
    M. Sonier de Lubac a fait, avec le vicomte Lepic, un travail archéologique fort intéressant (29 pages de texte et 7 planches) sur les ossements trouvés dans une grotte de Soion, travail qui fut présenté au Congrès de Bruxelles en 1872. Les autres études vivaroises qu’il a publiées dans la Revue du Vivarais sont : Une âme de poète (Roger de Pampelone, 1894), Les derniers survivants de la grande armée (1894), la Baronne de Chalancon (1895), la Vallée de Barrès et ses châteaux (1896), la Maison de Hautvillar (1897). M. de Lubac est, en outre, l’auteur de plusieurs opuscules poétiques, dont un a pour titre Sur les hauteurs.
  2. Bibliothèque Nationale, Collection du Languedoc, t. XXVI. Mémoires sur la baronnie de Chalancon, par M. de la Tourette.
  3. Pasteur Arnaud, de Crest, I, 226 (d’après l’Histoire de l’église de Genève, de Gaberel).
  4. Vernoux ancien, p. 7.
  5. Nous avons donné le texte de cette délibération dans le Voyage autour de Crussol, p. 191.
  6. Nous avons donné le texte de ce curieux document dans l’Echo du Velay du 19 mai 1893, d’après une copie de l’acte original faite par Jules Rousset dans les registres de M. Delosme, notaire à Tournon.
  7. Benoit, t. III, p. 286-287, cité par le pasteur Arnaud, I, 461-463.
  8. Brochure in-18 de 188 pages, imprimée à Valence chez Louis Muguet en 1657.
  9. Arnaud, Histoire des protestants du Vivarais et du Velay, I, 551.
  10. Pasteur Arnaud (de Crest), I, 598 à 600.
  11. Idem, II, 50.
  12. Antoine Court. Histoire des Camisards, II, 282. – Blanchard. Un épisode de l’histoire des Camisards dans l’Ardèche dans le Bulletin d’histoire ecclésiastique, de Romans, 1882.
  13. Histoire des Camisards, III, 299 à 338.
  14. Idem, III, 391 à 393.
  15. Ange Robert du Molard, seigneur de Chateauneuf-de-Vernoux, Robin, Verdun, etc., fils de Jacques et de Lucrèce de Tremolet. Gentilhomme appartenant à une famille tournonnaise remontant à Jean Robert qui, le 29 juillet 1574, épousa Clauda de Tournon, dame de Chateauneuf-de-Vernoux et dont le dernier représentant est aujourd’hui M. Ange-Robert de Saint-Priest, éditeur de l’Encyclopédie catholique. (Note de M. de Gallier).
  16. Une victime de l’intolérance au XVIIe siècle. – Deshubas, son ministère, son martyre. Toulouse, 1879 – in-12.
  17. Par M. Armand de la Chapelle, t. II, p. 313.
  18. Histoire des protestants du Velay et du Vivarais, t. II, p. 222, 425 et 455. Mss. Court, n° 17, t. P, à la bibliothèque de Genève.
  19. Archives du Ministère des affaires étrangères. Fonds de France, tome 1626, fol. 471. Soulavie s’était procuré cette pièce et la suivante, tandis qu’il était vicaire à Antraigues en 1777-78 ; elles sont mentionnées dans une lettre qu’il publia dans le Journal de Paris en mai 1782. (Voir notre Appendice à l’Histoire de Soulavie, p. 60).
  20. Il est mort le mois de mai 1779. (Note de la main de Soulavie).
  21. Montréal et le hameau voisin du Mazel, où le ministre fut pris, font partie de la commune de St-Romain-du-Désert.
  22. Idem, fol. 477. Nous avions déjà publié ces deux documents jusque-là inédits, dans le Bulletin d’archéologie de la Drôme 1893, mais il nous a paru qu’il était impossible de ne pas leur donner place dans un livre, comme celui-ci, spécialement consacré à Vernoux.
  23. Deshubas était né le 25 février 1720. Le Bulletin de l’Histoire du protestantisme français (t. 25) a publié son extrait de baptême, signé Delichères vicaire, ainsi qu’une complainte rimée sur sa mort en 65 couplets.
  24. Bibl. Nat. Collection du Languedoc, t. XXVI.